ITW: Rone Festival Némo 2012
Interview de Rone à l’occasion de son passage au Festival Némo 2012.
L’intriguant morceau « Bora » sortie sur une compilation en 2008 marque le point de départ de l’aventure musicale de Rone. S’en suit une véritable vague positive, et fin 2012, Erwan Castex, de son vrai nom, franchi avec succès le périlleux exercice du second album avec la livraison de Tohu Bohu. Exilé désormais à Berlin, Rone ne tombe pas pour autant dans le cliché de la techno minimale allemande, mais à vous d’en juger en live ce jeudi 29 novembre au Festival Némo.

Es-tu au courant qu’un autre « Rone » sévit sur YouTube, genre rappeur à casquette. Rien à voir avec toi j’imagine ?
Je m’en suis aperçu récemment (rires), c’est un rappeur de Philadelphie, il a un petit buzz apparemment. Je ne sais pas qui est arrivé en premier mais je ne compte plus changer de pseudonyme maintenant !
En 2009 tu disais « Pas besoin de Facebook, je suis sur Myspace ». A ce jour, tu as un fil Twitter et 14 000 likes sur ta page Facebook. Indispensable les réseaux sociaux en 2012 finalement ?
J’ai vraiment dit ça (rires) ? Je suis d’un naturel plutôt flémard. A l’époque j’avais assez ramé pour réaliser cette page Myspace et je ne n’avais pas la motivation de créer une page Facebook. J’ai été découvert via les réseaux sociaux, et je prends du plaisir à répondre aux gens. Au début les échanges de mails pouvaient durer une semaine si un mec m’écrivait en disant « J’adore ton morceau ! ».
Parlons de ton nouvel album. « Tohu Bohu », est-ce ton bordel organisé ?
C’est mon chaos ! En allumant les machines en studio, je ne sais pas très bien où je vais aller, c’est un bordel créatif que j’ai du mettre en ordre pour livrer un album cohérent.
Question bordel, tu ne tiens pas en place en interview. Est-ce la même chose en studio ?
A l’inverse, je peux être totalement léthargique. Il m’arrive de rester allongé sur la moquette du studio tel un légume, sans bouger. Mais quand je tiens un son, je m’allume trois clopes, je suis complètement excité !
Tu ne dis ne pas « vouloir imiter ou être influencé ». Quelles sont tes sources d’inspiration ?
L’actualité, les moments intimes, les journaux, en gros, mon quotidien reste la plus grande source d’inspiration. Même si j’apprécie des réalisateurs ou des musiciens, on retrouve finalement mon environnement proche dans mes morceaux, positifs ou non selon l’humeur. Mon déménagement à Berlin a beaucoup joué dans mes nouvelles compositions.
Enregistrer à Paris aurait été impossible ? (Rone vit désormais à Berlin, ndlr)
Difficile de définir comment Berlin m’a aidé mais je ressens cette liberté ici, tout me paraît nettement plus facile à vivre. Même si ça ne sonne pas typiquement « musique électronique germanique minimale », pour moi cela reste mon disque allemand. Il me paraissait impossible de faire la même chose à Paris.
Ne ferais-tu pas ton « David Bowie » là, tout de suite ?
Je n’y pas pensé mais c’est tout à fait ça (rires) … !
Serais-tu partant pour faire un Dj set sous un pont, dans une rave improvisée, comme on nous les montrent sur Arte ?
Je ne suis pas de l’époque « free partys » mais j’ai énormément de respect et d’admiration pour ces DJ’s qui installaient des sounds-systems dans la forêt. Je suis assez passif, je laisse les gens venir à moi. Je n’ai jamais organisé mon anniversaire par peur de foirer le truc ! Surement un léger manque de confiance en moi… Mais je ne serais pas contre l’idée de mixer sous un pont, à l’arrache.
Pour revenir sur tes inspirations, tu citais Mr Oizo en saluant sa double casquette, sauf qu’il ne se considère pas comme un DJ. Serais-tu prêt à assumer deux profils « musique + cinéma » complètement différents ?
Je n’ai mis qu’un doigt de pied dans cet univers ! Après mon école de cinéma, j’ai été monteur, cadreur, assistant réalisateur, mais rien à l’échelle d’un Mr Oizo. Je commence à peine à assumer le fait d’être musicien, c’est dire… Je pensais être un imposteur au début face à des mecs qui lâchent un solo de saxophone par exemple. Donc, si je venais à toucher un peu de vidéo, il me faudrait un peu de temps avant de le clamer haut et fort.
Tu signes un morceau avec le violoncelliste Gaspar Claus. Ton label ne t’a pas proposé Chapelier Fou par exemple pour cet exercice ?
Mon label ne m’impose rien mais j’ai toujours des propositions en rafale de leur part ! Je n’ai pas eu cette opportunité avec Chapelier Fou, mais Gaspar Claus est un bon ami. Nous avons fait quelques scènes ensemble, c’était très expérimental, très brouillon mais tellement euphorisant. Retrouver cette euphorie en studio a été très difficile et sur la fin de mes enregistrements, Gaspar m’a envoyé une boucle crade mais ça collait parfaitement pour le titre Icare (rires)…
Tu as d’ailleurs joué avec Chapelier Fou et Para One à Rome. Y a-t-il des gens avec tu aimes partager des plateaux ?
Ce fut drôle de se retrouver en Italie à trois frenchies. Je connais assez mal le travail de Para One, cela m’a permis de le découvrir. Le must réside dans les grands festivals comme Dour où tu croises 50 artistes en backstage. Cette année, il y avait tous les mecs de Warp comme Squarepusher, Clark, etc. J’étais vraiment comme un môme !
Il t’arrive de choisir tes titres de chansons en ouvrant des magazines au hasard. Le dernier track du LP s’appelle Lili Wood, comme ta compagne. Rassure-moi, tu n’as pas choisi ta chérie en ouvrant une revue au hasard ?
Non, c’est un peu l’exception qui confirme la règle (rires) ! Ce morceau n’est pas placé en clôture de l’album par hasard, c’est un petit hommage, un clin d’œil romantique, un petit bisou (rires) …
Ta dulcinée tient un blog de recettes, les arancini me font saliver ! Quelle est ta recette préférée sur son blog ?
Ah les arancini…! Ils sont trop bons, elle gère ! J’ai découvert ce produit en Sicile, j’en mangeais tous les jours, et elle a trouvé la recette identique aux arancini siciliens ! Tu m’as mis l’eau à la bouche là…
Si on se croise dans la rue, je peux te prendre pour un dessinateur de BD ou un informaticien. Fuis-tu les codes de l’Electro (veste cuir, cheveux longs, tatouages) ?
C’est plus simple que cela : je n’ai pas d’espace dans ma tête dédié à la mode donc je n’y pense pas ! Je considère pourtant la mode comme un véritable art créatif mais je ne prends pas le temps de m’y intéresser. Mais j’essaierai de me looker à l’avenir (rires).
Nouveau live présenté au festival NEMO. Peut-on parler de ton association avec Studio Fünf pour préparer ce live ?
Après avoir réalisé le clip de So So So, Ludovic de Studio Fünf m’avait proposé une nouvelle collaboration. Nous avons commencé à parler lumières, spots, projections vidéos autour de quelques bières, cela nous semblait réalisable sur le papier. Au final, nous avons revu notre scénographie un peu à la baisse mais le rendu reste bluffant. Et les visuels évoluent à chaque date, cela colle avec mon live audio notamment pour cette raison.
Festival d’Ile de France Rone + Studio Fünf à la… par festivalidf
Le clip de « Parade » est très soigné. Interviens-tu à un moment dans le processus de création des clips ?
En général, je bosse avec des amis, je connais bien le travail et l’univers des réalisateurs en question. Je suis le work in progress mais je me sens déjà tellement seul en studio que je préfère laisser un travail étranger s’immiscer dans le projet. Le clip de Bye Bye Maccadam va bientôt sortir, et le résultat est sublime ! Mon pote est parti sur un trip en noir et blanc, c’est très réussi.
Un article a été conclu avec ce subtil calembour œnologique « Elle continue de grimper, la cote de Rone ». Je ne ferai pas mieux donc veux-tu conclure cet échange ?
Si je peux avoir des arancini en backstage de mes prochains concerts, je serais comblé ! Cela changerait des barres chocolatées immondes !
Propos recueillis par Ataraxik
Crédits photo : Timothy Saccenti.














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