MAL AU PIXEL 2012 : LE WEB SOUS SURVEILLANCE
Réseau en mode surveillance et artistes en mode décryptage :
Mal Au Pixel relit le web pour vous.
Pour s’identifier peut-être aux variations modulées de flux sur internet, la septième édition de Mal au Pixel a choisi cette année un mode de présentation en différentes séquences et temps forts, rythmant deux mois de présence à la Gaîté Lyrique. Une exposition, des performances comme Globodrome, le « tour du monde » sur le globe virtuel Google Earth de l’artiste Gwenola Wagon, mais aussi des ateliers et un séminaire, le choix est des plus variés pour des visiteurs également questionnés en tant que citoyens et usagers.
Portant sur les réseaux de surveillance bridant internet, le séminaire s’avère une excellente occasion d’aborder les infrastructures du web et d’observer comment les artistes numériques s’emparent des technologies contraignant le réseau pour se les approprier. Comme l’explique l’artiste Nicolas Maigret, internet est soumis à « un rétrécissement de son modèle initial », les plateformes les plus populaires comme Facebook, YouTube, Google, Twitter, ayant progressivement transformé « un lieu d’échanges et de rencontres en une plateforme industrielle ou commerciale ». Avec son projet d’intercepteur de flux P2P 2 VLC, Nicolas Maigret utilise les modalités d’échange en Peer-to-peer pour « renouer avec une forme de liberté retrouvée du réseau », une ligne utopique qu’il rapproche de celle de Michel Bauwens et de sa Peer-to-peer Foundation.
Le projet en question utilise donc ce principe de partage de fichiers sur internet allant d’un serveur à un autre pour rendre visible des fragments des médias et autres vidéos en cours d’échange. Cette écoute des réseaux lui permet de « ramener dans la sphère du tangible l’abstraction de la donnée, sans interprétation supplémentaire, le flux de données [étant] simplement renvoyé à la carte son ou vidéo de l’ordinateur ». On le constate, le résultat est brut et direct, mais on est surtout heureux d’entendre que « l’idée n’est pas de faire de l’espionnage mais d’utiliser cet imaginaire pour trouver de nouvelles interprétations ». Bien entendu, l’approche artistique choisie par Nicolas Maigret n’est pas unique et d’autres praticiens s’intéressent également au décryptage du réseau existant comme l’Américain Brendan Howell qui a développé un logiciel permettant de révéler les messages se cachant dans les images et les textes circulant sur le net. Instructif.

Pour en savoir plus, rien de tel que de mettre les mains dans le cambouis, en l’occurrence dans le réseau à travers des ateliers animés par plusieurs artistes spécialistes de la question. Pour les personnes soucieuses de la sécurisation de la circulation de leurs données ou désireuses de protéger les informations contenues sur leurs ordinateurs, l’atelier mené par l’équipe de RYBN et intitulé Internet Hack distillait d’intéressantes informations, notamment en termes de logiciels portables téléchargeables (pour masquer son adresse IP, effacer ses données, trouver des solutions de cryptages) et de configuration de routeur (utile pour contourner par exemple les protections d’accès vidéos copyright variant selon les pays). Des conseils pas forcément toujours faciles d’accès mais qui avaient le mérite de rendre le réseau moins opaque, à défaut de ne pas le rendre moins inquiétant.
En effet, toutes ces logiques et techniques manipulatoires qui sévissent sur internet ne sont pas forcément là pour rassurer, et la petite visite à la partie exposition de Mal au Pixel au dernier étage le confirme totalement.
En pénétrant dans la salle, on est littéralement pris à la gorge par les jeux de saturation d’images et de son, par le brouillage constant qui crée une allégorie virtuelle qui pourrait bien être la notre. En traduisant sur écrans des images captées à l’insu de notre quotidien, le 2.4 GHZ de Benjamin Gaulon souligne l’obsession de la téléprésence qui nous guette. Une visualisation qui n’empêche pas un certain humour, à l’instar des installations du Mediengruppe Bitnik qui pirate les dispositifs de télésurveillance de la police zurichoise ou des abords ultra-sécurisés des sites olympiques londoniens pour les mettre en parallèle avec une partie d’échecs. Cette logique de manipulation verticale s’exprime parfaitement dans le projet Newstweek de Julian Olivier et Danja Vassiliev, où l’on peut grâce à un petit logiciel modifier en temps réel les bannières de titres des grands quotidiens de la presse en ligne sur le réseau wifi partagé de la Gaîté Lyrique. Mais la palme de la paranoïa et de l’effet Big Brother digne du 1984 d’Orwell sévit à travers la machine infernale Memopol II de Timo Toots. Scannez vos documents d’identité sur le tableau de contrôle et voilà toutes vos informations personnelles collectées sur internet traduites dans une cartographie schématisée envahissant un énorme écran panoptique. Comptes bancaires et relations sociales, photographies oubliées et dossiers scolaires, rien ne vous sera épargné de la malice du réseau. Jusqu’à l’image de votre squelette certifiant votre état de santé. De quoi vous rendre malade, assurément.
Laurent Catala













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