::: MUSIQUES et CULTURES DIGITALES :LA NUIT DES UTOPIES

LA NUIT DES UTOPIES

Projections acousmatiques, diffusions électroniques, interactions instrumentales et habillage lumineux : la sixième édition du festival Nuit Bleue a rendu tout son lustre pionnier au cadre panoptique de la Saline Royale d’Arc et Senans. Avec en point d’orgue, la présence de Pierre Henry pour une création-hommage à l’utopie.

Edifiée au XVIIIe siècle, la saline d’Arc et Senans était au coeur d’un projet de cité idéale que l’architecte Claude-Nicolas Ledoux n’a pu qu’esquisser en son temps. Un concept utopique qui en appelait évidemment d’autres dans cet édifice rayonnant, offert dès l’origine à la collusion des pratiques sociales.
Si les invités d’honneur, le compositeur Pierre Henry et le plasticien Michel Verjux, avaient choisi cette année de mettre en valeur l’espace du lieu dans leurs créations, les organisateurs de l’association Elektrophonie élargissaient cette quête utopique au nécessaire questionnement sur l’implosion des frontières entre les différentes musiques de création (concrètes, électroniques, électroacoustiques ou acousmatiques) à travers une conférence montrant l’intérêt des acteurs (programmateurs, compositeurs) pour plus de lisibilité.

Voir tout en étant vu
Nuit Bleue est une manifestation du mélange utopique. Un festival où l’idée de lieu, d’architecture, d’espace à remplir prévaut autant que l’importance de garder chaque entité musicale et visuelle distincte.
Pour Thierry Boucton, un des deux programmateurs visuels, travailler la lumière était la meilleure façon d’habiller la monumentalité du lieu. Un principe appliqué par le plasticien Michel Verjux dont le travail d’éclairage lumineux traduisait l’importance du regard dans l’architecture de Claude-Nicole Ledoux selon l’idée du “voir tout en étant vu”. Tamisés, bleutés sur ses bords, les cercles de lumière de Michel Verjux cernaient chaque bâtiment et par la même les contours du site. Une approche posée, emplie de plénitude qui offrait un contraste saisissant à la création de Pierre Henry interprétée par le compositeur lui-même, sur l’esplanade.
Évoquant davantage la densité et la force, Utopia inscrivait clairement ces principes dans un hommage appuyé au travail de Claude-Nicolas Ledoux. Mon hommage s’écoute comme une suite de sonorités inspirées par les matériaux de ce bâtisseur-visionnaire, précise Pierre Henry. Utopia se manifesta donc par une succession de douze pièces composites, fortes et rugueuses comme de la pierre de taille, qui impactèrent considérablement un auditoire, installé dans un arc de cercle de transats, grâce à un système de diffusion des plus efficaces, épousant la dimension hémicyclique du lieu.
Une création qui constituait un fantastique appel d’air pour une programmation où les musiques concrètes et acousmatiques étaient particulièrement représentées. La nuit acousmatique dans le grand bâtiment des Sels Est rendit ainsi compte de la fertilité créative d’une scène musicale plus accessible qu’il n’y paraît et fit découvrir à un public à l’horizontale l’émergence de nouvelles scènes, turques par exemple, dans le sillage des compositeurs d’expérience que sont Ilhan Mimaroglu et Bulent Arel.
L’utopie était ici posée dans sa dimension expérimentale et sonore et les amateurs de sensations auditives avaient le choix des armes, gâtés en salle annexe par les diffusions d’“émissions choisies” de l’atelier radiophonique de France Culture par son coordinateur Philippe Langlois lui-même ou par les parcours extérieurs de déambulation binaurale nocturne imaginés par Christophe Rueff.

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Laurent Catala

Infos: www.elektrophonie.org
Photos: © Nicolas Waltefaugle

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