::: MUSIQUES et CULTURES DIGITALES :EXIT

EXIT
expérience immersive

Immersion. Principe actif, indispensable et fondateur de toute idée exacerbée de perception. Un principe fort que le festival EXIT de la Maison des Arts de Créteil a transformé cette année en thématique, histoire de s'offrir un retour aux sources en rapport avec l'idée première d'une telle manifestation : plonger le spectateur au cœur d'une expérience sensorielle totale, sonore, physique et visuelle.


Déstabilisation sensorielle
C'est en jouant du désir d'immerger le spectateur dans l'œuvre, de lui faire perdre ses repères à travers un exercice de déstabilisation sensorielle continu, que le festival EXIT a abordé son édition 2008. Une gageure pour laquelle les spectacles vivants, chorégraphiques notamment, ont particulièrement été mis à contribution.

Dans Schwelle de Chris Salter, la performance plutôt extrême du danseur Michael Schumacher interrogeait ainsi autant la confrontation du public à un environnement radicalisé, allant de l'assaut lumineux et sonique au confinement minimaliste, que sa propre immersion corporelle dans une dimension digitale réactive, les séquences visuelles et sonores étant directement déclenchées par captation de sa gestuelle. Une interrogation quasi-schizophrénique, semblant rendre compte dans ce mélange de moments de prostration et d'explosion physique d'un conflit de l'esprit confronté à cette dualité de l'organique et du numérique.


Ballet mystique
La bonne surprise revenait cependant à la chorégraphe finlandaise Susanna Leinonen. Ses deux pièces présentées (No One, Just Your Friend et Trickle, Green Oak) offraient une splendide esthétisation des corps dans des ballets sonores et lumineux entêtants, aux subtiles colorations orientales et électros. Ballet mystique pour la première, où les trois danseuses-succubes s'entraînaient mutuellement dans les plaisirs de la chair, ballet animalier dans la seconde où les corps aux tutus déplumés prenaient des allures d'autruches dépareillées.

Particulièrement propice aux procédés immersifs, les installations vidéo et autres projets de désincarnation fictionnelle avaient le vent en poupe. On retiendra par exemple le Khronos Projector d'Alvaro Cassinelli, où le spectateur était convié à enfoncer manuellement un écran en lycra diffusant des scènes de rue de Tokyo, provoquant réactions et autres déplacements de foule, le long-métrage Faceless de Manu Luksch, entièrement réalisé à partir d'images de vidéo-surveillance, ou les  Synthetic Performances d'Eva & Franco Mattes, conviant le public à intervenir dans leur performance en prise directe dans l'espace évolutif numérique de Second Life.


Immersion et distorsion temporaire
Au rayon spectacle, certaines performances choisissaient une scénographie hybride qui ajoutait à l'immersion du spectateur une dose de confusion scénique contrôlée. L'active scène new-yorkaise était ainsi à l'honneur, tout d'abord avec le Big Art Group dont le Cinema Fury : The Imitation traduisait un détournement des intrigues salaces du cinéaste américain Douglais Sirk dans un show trash-rock.

Plus confondant encore, le projet Welcome To Nowhere du collectif Temporary Distorsion disposait d'une double lucarne. Dans la partie expo, tout d'abord, avec une installation en boucle, mais surtout dans la partie live où la troupe investissait le nouvel espace de la Maison des Arts, Le Satellite. Et parvenait à établir rien moins qu'un lien improbable entre l'esthétique surréaliste et violente des films de David Lynch et les mises en scène multimédia bricolées de compagnies comme Forced Entertainment.

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Laurent Catala
Site: www.maccreteil.com/exit2008

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