Derrière les montagnes dominantes de la J-pop, du J-rock, du Visual key, des B.O. de films et d'Anime, il y a certes la forêt sauvage de la Japanoise, mais pas seulement. Il se cache un jardin zen dédié aux créations électroniques modernes en tous genres. Comme la plupart des artistes qui fourmillent au Japon restent souvent confidentiels chez nous, un état des lieux s'imposait.
Japan is not only violence
Depuis les années 80, nous suivons les stars underground de la scène noise et industrielle japonaise. Mais le Japon n'est pas uniquement le paradis de l'extrême, du bizarre et de l'ultra-puissance déjantée; que ce soit en musique ou en cinéma. C'est surtout le pays du raffinement absolu et de l'harmonie des contraires (ying/yang, stress/zen) où justement tout peut cohabiter, des sons bruitistes aux nappes atmosphériques. Dans l'Archipel, tout est possible : du décadent brutal au kawaii subtil. Le mouvement noise étant très bien soutenu et relayé, nous nous aventurerons ici vers les musiques mélodiques ou expérimentales soft, de type electronica, glitch, techno minimale et post-rock…
Le come-back de Y.M.O
Pays des inventions de synthétiseurs et autres machines, le Japon baigne dans la musique électronique dès l'origine. Un groupe comme Yellow Magic Orchestra a su révolutionner la musique nippone avec sa techno pop, un peu comme Kraftwerk en Allemagne. La majorité des musiciens que nous mentionnerons sont plus ou moins les enfants de Y.M.O, groupe séminal de pop électronique constitué du trio de choc : Ryuichi Sakamoto, Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi. Même si le groupe a connu de longues pauses, où chacun a pu s'émanciper dans une carrière solo brillante, Y.M.O. s'est reformé, sur les bases de Sketch Show (le duo Hosono et Takahashi) pour devenir Human Audio Sponge (H.A.S.) puis HASYMO. Les papys de la synth-pop viennent de fêter leurs 30 ans d'activisme ! Désormais, ils produisent aussi des musiques de films et de programmes TV. Bien qu'ils soient des stars, Sakamoto et Hosono sont restés des références en collaborant sans cesse avec des musiciens underground et en étant de vraies têtes chercheuses à la recherche de nouveaux talents avec leurs labels respectifs.
Idoru
Avant, certains artistes étaient plus connus que d'autres en France, tout simplement parce que leurs disques furent publiés sous licences européennes. Aujourd'hui, grâce au Web où tout est disponible, le Japon touche un public plus large et n'est plus réservé à son seul marché. La culture japonaise s'ouvre et franchit plus facilement les frontières aussi car la nouvelle génération parle mieux l'anglais. De fait, tout le monde a déjà entendu parler d'artistes ou de groupes japonais. Que ce soit en techno (Ken Ishii, Denki Groove, Takkyu Ishino, Fumiya Tanaka), en electro/pop/rock (Cornelius, Polysics, Cibo Matto, Buffalo Daughter, Boom Boom Satellites, Hanayo, Audio Active, Takako Minekawa, Kahimi Karie, Aco, Capsule, Zongamin, Mu, Shinichi Osawa, Mono), en easy listening/electro lounge (Pizzicato Five, Towa Tei, Fantastic Plastic Machine, Silent Poets, Yoshinori Sunahara), en hip hop (Hifana, DJ Kentaro, DJ Krush, Nigo, Major Force, Dokaka). Ces artistes mainstream au Japon, qui déferlent depuis les années 90, sont à peine connus chez nous.
Indiizu
Certains artistes eurent la chance de se faire connaître en étant signés sur des labels étrangers réputés. C'est le cas, dans un registre encore plus confidentiel, des musiciens radicaux et expérimentaux tels Ryoji Ikeda, Neina, Nobukazu Takemura, Aki Onda, Ken Ikeda, Kozo Inada, Testu Inoue, Chihei Hatakeyama, Yasunao Tone, Toshimaru Nakamura… Des électroniciens pop comme Susumu Yokota, Tujiko Noriko, Yoshihiro Hanno/Radiq, Soft Ballet, Asa-Chang & Junray, Rei Harakami, Bisk, Motohiro Nakashima, Tanzmuzik… Des popeux folk, tels Shugo Tokumaru, Takeo Toyama, Takeshi Nishimoto, Ogurusu Norihide, Kumisolo, Takashi Wada, Nav Katze, Yuichiro Fujimoto, Haco, The Pascals, Asobi Seksu… Des technovores comme Akiko Kiyama, Dublee, Riou, Kaito), des hip hopeux Montage, Cappablack, Riow Arai, Shing02, Tha Blueherb et des dubsteppers Gothtrad, Quarta 330…
Game music
On aime beaucoup également les délires infantiles pop & game music à la manière de Mami Chan, Kiiiiiii, Jon The Dog, Ymck, Elektel, Sam & Valley, Qypthone, De De Mouse, Plus-Tech Squeeze Box… Et nous restons plus que jamais adeptes de déviances barrées avec Afrirampo, Satanicpornocultshop, Comanechi, Guilty Connector, Rom=Pari, DJ Scotch Egg, Ove-Naxx, Com.A, OOIOO, Boris, Nisennenmondai, Doddodo, Doravideo… Et en général, un artiste japonais bénéficie d'encore plus d'estime lorsqu'il est passé par un label occidental. Beaucoup choisissent aussi de s'expatrier, pour mieux se faire remarquer, démarrer leur carrière et être enfin reconnus. D'autres musiciens, non-cités ici, feront l'objet d'un prochain article, avec en prime un focus spécial "labels du Japon" : comme cette île mystérieuse reste ouverte à toutes nouvelles formes d'expérimentations hybrides, l'avenir promet encore de belles découvertes aux nipponphiles.
Walter Scassolini
Importation/distribution: Mochi Mochi
Contact: wscasso@gmail.com
PHOTOGRAPHIE DE LA NOUVELLE SCÈNE JAPONAISE #1
Ametsub : alias Akihiro Saito, expert en électronica mélodique finement arrangée, et click'n'cut pop vivant et émouvant. Un bon architecte sonore d'IDM avant-garde, à l'échelle d'Aoki Takamasa. Deux albums sur Progressive Form.
Aoki Takamasa : hormis le projet Silicom avec Takagi Masakatsu et celui avec Tujiko Noriko, Aoki Takamasa navigue souvent en solitaire. Il a produit 8 albums en tout, dont le dernier signé sur Commons, plus accessible, avec l'intention de faire de la vraie pop music. Il signe une musique computer pop funk, typiquement nippone pour sa couleur romantique et futuriste, chose impensable chez nous. Grand maître du glitch complexe et de la musique obsessionnelle abstraite et rythmique, il parvient malgré tout à rendre le tout émotionnel, avec sa voix et les feelings si positifs et naturels de sa musique.
Akira Kosemura : fondateur du label Schole. Paysages sonores purs, naturels, romantiques et sages aux arrangements aboutis, à base de piano, de guitare et d'électronique. Déjà trois albums, dont un avec Haruka Nakamura.
aus : boss du label Flaü, Yasuhiko Fukuzono a fait appel à Sylvain Chauveau et Cokiyu pour chanter sur son sixième album. Il a déjà signé des albums sur Moteer et Preco. Pop romantique chantée, naïve et douce sur fond d' electronica soft.
Caelum : alias Koutaro Tsukahara, membre du projet Worm Eaten Consequences. Electro moderne étincelante et profonde. Post-techno de salon chaleureuse et raffinée.
Filfla : de Keiichi Sugimoto (aka Fourcolor sur 12k et Fonica) et de Moskitoo. Electro pop rock originale, fraîche et trafiquée à la Cornelius, assez éloignée de leurs autres projets ambient.
Geskia : electronica sophistiquée aux accents hip hop, à la sauce Boards of Canada et Prefuse 73. Son nouveau projet All Apologies sera plus pop shoegaze / electro / hiphop.
Go Koyashiki : plasticien du son minimal à la Ryoji Ikeda et Alva Noto. Glitchy et bleepy à souhait, comme son ami Yukitomo Hamasaki, mais en plus dynamique.
Himuro Yoshiteru : a déjà signé des albums sur Worm Interface, Couchblip!, Zod et Invitro. Son style idm-game-hip hop est très vivant et remuant.
Kazumasa Hashimoto : il est enfin parvenu à faire une B.O. après quatre albums. Pas des moindres puisqu'il s'agit du film Tokyo Sonata. Petites pièces sonores mélancoliques et ludiques dessinant un univers ultra kawaii naïf.
Miroque : bricolage laptop / ambient / pop. Musique candide et onirique, marquée par la délicatesse et la tristesse. Elle sort de l'anonymat après avoir créé la B.O. de Strawberry Short Cakes.
NHK : nouvelle recrue du clan Raster-Noton, composé du duo Toshio Munehiro et Kouhei Matsunaga. Ce dernier ayant déjà collaboré avec pleins de formations, dont Sensational. Leur premier disque (déjà sold out) est teinté de minimal laptop music, brute et teigneuse comme du bon Pan Sonic.
Psysex : Ken'ichi Itoi conçoit de la micro-minimale technoïde. On songe à un langage de machine ultra-technologique ou à de la musique de robot. C'est très particulier. Des albums sur Ryoondo-Tea, Daisyworld et Underground Gallery.
Ryoichi Kurokawa : artiste pluridisciplinaire, reconnu pour ses performances audiovisuelles de haut niveau. Cet artiste du Kansaï (comme son ami Aoki Takamasa), développe des créations originales, complexes et poétiques. Une expérience sensorielle live à vivre.
Shuta Hasunuma : pop moderne à la voix délicate et aux arrangements électroniques finement glitchy. Belle aventure sonore purement nippone, relaxante et agitée. Quatre albums au compteur.
Sooner : projet de Mizuki Kani (boss d'Around The Records) et Koutaro Tsukahara (Caelum). Electronica pop futuriste, mélodique, sautillante et lumineuse. Le premier album est une très belle surprise !
Takahiro Kido : c'est beau comme un cerisier en fleur. Poétique et mélodieux comme une musique de film. Son dernier album sonne classique et nostalgique, mais reste gracieux.
Tomoyoshi Date : membre du projet Opitope avec Chihei Hatakeyama. Electroacoustique et laptop-folk d'une pureté zen et naturelle à donner la chair de poule. Un album sur Flyrec.
Toshiyuki Yasuda : musicien atypique (ex Fantastic Plastic Machine) transformant tout à la sauce bossa brésilienne et robotique, avec son vocoder et ses créations électroniques. Cela donne un résultat ensoleillé mais bizarre, et une bonne dose d'exotisme. Grand fan de Towa Tei et d'Atom Heart (il a d'ailleurs collaboré avec lui sur le dernier album de Senor Coconut), Toshiyuki Yasuda est passé maître en lounge cheasy et rigolote.
Yukitomo Hamasaki : nouveau dans la famille des sculpteurs en ultra sons radicaux. Producteur micro minimaliste à la Ryoji Ikeda, Keiichiro Shibuya, Evala et Nibo. Ambient spatiale, inquiétante et déshumanisée. |
|
Tous les articles de la catégorie Focus |
|
|
|