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AN ANTHOLOGY OF NOISE & ELECTRONIC MUSIC
Sixth A-Chronology 1957 - 2010
(Sub Rosa / Orkhêstra)


Sixième et avant-dernier volet de cette encyclopédie consacrée aux formes extrêmes de la musique électronique "non-dansante" : bruitiste, expérimentale et post-indus. Mêlant des compositeurs issus de la scène électro-acoustique ou de la musique concrète à de grandes figures de l'electronica radicale et de la scène noise, le tracklisting s'étage sur plus d'un demi-siècle. Comme indiqué dans le sous-titre, son articulation est "non-chronologique". Les pièces proposées sont étagées et se répondent hors de toutes considérations temporelles. Ce sont d'ailleurs des œuvres a-temporelles. Guy-Marc Hinant, à l'origine de ce projet, a élaboré sa sélection comme une peinture. De fait, peu importe les dates auxquelles ont été composés ces morceaux abrasifs, complexes, insolites, détonants ou déroutants. Il nous immerge dans un extraordinaire enchevêtrement de bruits blancs, de sons rugueux, de textures arachnéennes, de matériaux "composites", d'architectures libres, d'énergies brutes ou de séquences mélodiques fugaces… Pétrie d'inédits, cette anthologie rassemble notamment des travaux de Tetsuo Furudate, Henry Cowell, Incapacitants, Torturing Nurse, Ultraphonist, Z'ev, Daniel Menche, John Duncan, Stephen O'Malley, Bird Palace / Cristian Vogel, ILIOS… Soit, la musique élevée au rang d'"art sonore"…
<www.subrosa.net>


FRANK ROTHKAMM
Birth Of Primary Cinema From The Spirit Of Sound
(DVD - Flux Records)


Un écran qui s'éclaircit progressivement jusqu'à devenir une "page blanche" sur laquelle Frank Holger Rothkamm écrit en quelque sorte son journal de bord : It's about 11 o'clock in the morning in my studio in Los Angeles. I look out the window and stare the Hollywood sign in the distance. The phone almost never rings… Nous y sommes. Pour l'ambiance, un drone illustre la pesanteur du temps qui passe… Au centre des réflexions de Frank Rothkamm, le cinéma, qu'il considère comme la première forme d'art digital pour cause de séquentialisation en 24 images par seconde. Un art de l'illusion également puisqu'on ne peut pas "voir" une image "simple", "première", pas plus qu'on ne peut appréhender un noumène selon la philosophie kantienne… Après d'autres considérations du même ordre sur la perception, la compréhension et l'imagination "au regard" de l'image, on peut passer à la praxis. Divisée en 12 chapitres ("Glockenspiel", "Bauhaus", "Park", "Autobahn", "Signal", "Serenade", etc.), la deuxième partie de ce DVD met en scène des plans fixes (une rue la nuit, un hangar, des immeubles), illustrés par de l'ambient-noise ou des field-recordings. Cette œuvre audio-vidéo pour le moins conceptuelle est la 3ème partie d'une "tétralogie" centrée sur la notion de psycho-géographie urbaine…
<www.fluxrecords.com/>


KODE9 / DJ KICKS
(!K7 Records)


On attend encore la sélection annoncée de Burial… Projet manifestement resté dans les limbes, c'est finalement son mentor Kode9 — alias Steve Goodman, théoricien de la guerre sonore (cf. MCD #58) et grand vizir de la scène dubstep — qui assure un set pour cette fameuse série. Une série un peu éclipsée ces dernières années mais qui a servi de modèle aux CD-mixes des club-labels comme Fabric ou Berghain par exemple. Ont défilé ainsi Stacey Pullen, Rockers Hi-Fi, Smith & Mighty, Andrea Parker, Kemistry & Storm, Tiga, Kruder Dorfmeister… pour ne citer que ceux qui résonnent encore dans nos enceintes. Kode9 prend donc la suite avec un son assez light en ouverture. C'est mélodieux, vocal et tribal, presque plus techno que breakbeat. En tout cas moins "dubstep" que ce que l'on pouvait pressentir, surtout au vu de son tracklisting qui réunit notamment Ikonika, Grievous Angel, Zomby, Digital Mystikz, Ramadanman, Terror Danjah et le vétéran Kevin Martin aka The Bug ! Pour autant, plus on avance dans le déroulé, plus la ligne se raffermit, prend même quelques accents ragga et autre surcharge pondérale sur le plan des basses et des rythmiques…
<www.k7.com>


LUGANO FELL
Slice Repair
(Baskaru / Cod&S)


Phénomène rarissime, l'année dernière voyait Snowboarding In Argentina, l'album mythique et fondateur de Swayzak, réédité dix ans après sa sortie. Depuis on attendait la suite des aventures minimal-dub de ce duo formé par David Brown et James Taylor. Surprise, ce dernier revient en solo avec un projet introspectif, dont il n'existait que quelques traces confidentielles, sur une tonalité très ambient ! Voire expérimentale… Car les nappes qu'il tisse sont constellées de glitch, de petits cliquetis, de froissements, de boucles acoustiques et autres apports bruitistes non identifiables… Sur ce point, sa démarche emprunte aussi à la musique concrète au vu des sources employées (found metal objects, telephone pickup, vhs head, hair twisters, prepared cds, dental spitoon inserts…) en complément des machines, instruments (mum's piano) et traitements de rigueur. Bref, une "musique des sphères", pour reprendre une expression bien connue.
<www.baskaru.com>


MAIN CONTROL BOARD
(Lagunamuch Records)


Une compilation-découverte, du moins en ce qui nous concerne, car on ne connaît pas les artistes sélectionnés. Par contre, nous connaissons la valeur du label russe Lagunamuch qui nous avait gratifié des productions de Dub Constructor, Selffish, Lazyfish & Mewark, Unit 21, etc. Et d'une précédente anthologie baptisée Deep Sea Shippping qui se posait au creuset d'une cyber-electronica dans laquelle s'inscrit cette nouvelle anthologie. De l'IDM donc, dark et cinématographique. De l'ambient labyrinthique, qui contraste avec d'autres morceaux plus rythmés et linéaires. Des drones stratosphériques qui s'offrent comme des pauses entre deux bordés de breakbeats enrobés de textures synthétiques. Au contrôle : Indu Mezu vs Flagra, Abstract Avenue, Autopilots, Nightech, Speyer, Alexandroid…
<www.lagunamuch.com>


MAKING CONTAKT
(M_nus)


Paru il y a quelques mois, Making Contakt est un documentaire sur la micro-tournée 2008 de Richie Hawtin (Plastikman) en compagnie de Magda, Troy Pierce, Marc Houle, Heartthrob et Gaiser. Un barnum high-tech organisé pour fêter les 10 ans du label avec un fil rouge : la convergence des nouvelles technologies. Les derniers sets de Richie Hawtin offrant au public des infos, des bonus et la possibilité d'interagir sur les samples ou les visuels en temps réel via un iPhone étant le prolongement de ce type de concert "interactif", si ce n'est participatif… Work in progress : parti trop tôt de Detroit, Richie Hawtin et son posse on fait ensuite escale à Barcelone (Sonar), Berlin, Londres, Buenos Aires, Tokyo… Ce making off nous montre tout le travail de synchronisation technique en amont. Et ce fascinant cube composé de LED qui sert d'interface multiple. La complexité pour faire fonctionner ensemble toutes les machines réquisitionnées avec les visuels d'Ali Demirel pendant ce show est hallucinante. On comprend pourquoi il y a eu si peu de dates et pourquoi les flyers ressemblaient à une affiche de film ! Ce document exceptionnel est doublé d'un CD avec des tracks de JPLS, Barem, Marco Carola, Alex Under & co. qui apparaissaient dans la bande-son. De la techno spartiate mais implacable, parfois dark mais envoûtant. Le son originel…
<www.m-nus.com>


SOUL CENTER
General Eclectics
(Max.Ernst / Shitkatapult)


Annoncé par un EP (GE01), ce nouvel opus de Soul Center est une des productions attendues de cette rentrée. Fort heureusement beaucoup moins clubby que les précédentes réalisations de Thomas Brinkmann sous ce pseudo, cet album démarre sur un morceau mélodique et mid-tempo. La suite nous confirme l'impression de cette première prise de contact ("Hal2010", "Fu_ky Du_ky"). A priori, il a rangé la boule à facette pour une approche plus mesurée, moins démonstrative, même si des rythmiques alliées à quelques ritournelles synthétiques impulsent une légèreté festive à plusieurs tracks ("Don't fake the cake", "Liza U.."). A contrario, quelques réminiscences acoustiques impriment un côté "blues électrique" à un titre comme "Boot box". Les seules voix présentes, passées au crible d'effets "mal de mer", sont masculines et tiennent plus de la déclamation que du chant. Pas de connotations soulful, donc. Et l'on regrette de ne pas saisir les paroles. Cela dit, la tentation techno reste grande, notamment avec "Pig peg", dans un cadre plus déstructuré, et "Dyr Bul Scyl" qui détonne son côté un peu "gym tonic"… La pochette ravira les "urologues" qui pourront toujours arguer que c'est un clin d'œil à l'insubmersible Haus der Lüge d'Einstürzende Neubauten…
<www.shitkatapult.com>


LEE PERRY & THE UPSETTERS
Sound System Scratch
(Pressure Sound)


À 75 ans, de festivals en soirées dub, Lee "Scratch" Perry continue d'insuffler cette folie sans qui la bass-music, et à sa suite l'electronic-music, n'aurait pas la même intensité. Ce sorcier du son a mis Marley en orbite (au propre comme au figuré), forgé des albums cultes (Blackboard Jungle Dub, Super Ape), produit et mixé des dizaines d'artistes, puis brûlé ses studios et ses neurones, erré à New York et à Londres avant de trouver refuge en Suisse et de se refaire une santé mentale, musicale et financière. En attendant la sortie européenne de ses dernières frasques avec Adrian Sherwood, "The Mighty Upsetter" voit une vingtaine de ses dubplates exhumés. De délicieuses petites galettes qui n'avaient tourné que dans des sound-systems lors de leur pressage, entre 1973 et 1979 ! D'authentiques trésors qui témoignent d'une époque, avec un son et une orchestration basique, un skank et des instruments transposés par un mixage parfois assez "ruff", très peu d'effets, et juste quelques vocaux. On retient "Stagger", "Jucky skank", "Returning wax", "Bushdub contrash" et "The rightful organiser" dont le riddim est la matrice de la fameuse reprise de "Billie Jean" par Shinehead en 1984… Plongez-vous dans le noir, montez les basses et écoutez bien fort : voyage dans le temps assuré.
<www.myspace.com/leescratchperry> <www.pressure.co.uk>


TAYLOR DEUPREE
Shoals
(12k / Métamkine)


Après diverses collaborations (en particulier avec Kenneth Kirschner), de courtes pièces et des lives, Taylor Deupree nous gratifie d'un nouvel album qui paraît sur son propre label. Un moyen-métrage dans la mesure où ce digipack ne contient que 4 plages pour une durée totale de 45 minutes et 18 secondes très exactement. De l'ambient contemplatif que l'on imagine bien écouter, live, profondément enfoncé dans le fauteuil d'une salle à la sonorisation irréprochable. Car ses compositions délicates, qui flirtent avec la musique concrète, l'électronic-noise et la drone-music, demandent une attention qui ne doit souffrir d'aucune distraction pour s'y immerger pleinement. Si ces conditions sont réunies, on se laisse alors bercer par des nappes et de loops qui ondulent lentement en un doux ressac. Ce clapotis musical est parsemé de bruits et sonorités acoustiques. Ce n'est pas évident à l'oreille, mais il s'agit en fait de l'écho lointain d'instruments de gamelan balinais et javanais que Taylor Deupree utilise comme des sources de "bruits" complémentaires (l'esquisse d'une note, le pincement d'une corde, la sonorité liquide ou métallique d'un métallophone, etc.). Ces travaux ayant été réalisés le cadre d'une résidence du département de l'AHRC (Arts and Humanities Research Council) de l'University Of York portant sur les new aesthetics in computer music…
<www.12k.com>


VLADISLAV DELAY AS SISTOL
On The Bright Side
(Halo Cyan / Phthalo Rec.)


On pensait connaître tous les side-projects que Sasu Ripatti aka Vladislav Delay, Luomo, Uusitalo, conduit en marge de ses collaborations avec AGF et Moritz von Oswald. Et bien non ! On découvre tardivement l'existence d'un autre de ses pseudo : Sistol. Ses premiers faits d'arme sous ce nom remontent à 1999 ! Pour des raisons qui nous échappent, ce projet est seulement réactivé en cette rentrée 2010. D'une part, avec Remasters & Remakes, la réédition du 1er opus augmenté de bonus tracks et de remixes signés John Tejada, Alva Noto, Sutekh, FaltyDL… ! D'autre part, avec ce nouvel album qui nous surprend par son orientation techno. À l'exception de Luomo, au vu de la démarche musicale globale de Vladislav Delay, on s'attendait plutôt à un son organique, feutré, avec des "clicks & cuts", séquelles de l'époque Mille Plateaux et Chain Reaction dont il fut aussi un des pilier. Il n'en n'est rien. La plupart des morceaux sont "DJ friendly", pour reprendre la formule consacrée, avec un pied bien marqué et une ligne mélodique persistante : "(Permission to) Avalanche", "Funseeker". Mais la construction rythmique se révèle bien souvent un peu plus complexe… Seul "Glowing and so spread", peut être le meilleur track de l'album, a une consonance plus "dub"…
<http://phthalo.com/>