Disnovation, exploration critique des mécanismes et de la rhétorique de l’innovation, du 8 octobre au 6 décembre 2014 à Pau

En quelques décennies seulement, les sociétés industrialisées ont connu un essor technologique sans précédent. L’avènement des technologies de l’information et de la communication, irriguant l’ensemble de nos espaces de vie, a profondément transformé notre rapport au monde. Ce phénomène global a contribué à instaurer les technosciences au cœur de nos systèmes de croyances, et le binôme consommation / innovation comme moteur central de notre économie.

affiche_disno_expo_w

Le lexique de l’innovation est aujourd’hui l’instrument rhétorique par excellence, il inonde le discours dominant, se déployant depuis les domaines technoscientifiques jusque dans les champs du politique, du management, de l’éducation ou de l’art.
Accès)s( pose ainsi l’hypothèse d’une possible« propagande de l’innovation », une idéologie appelant à dépasser les contraintes de la vie quotidienne au travers d’artefacts ou de concepts sans cesse renouvelés, justifiant l’obsolescence technologique au nom d’une vitalité économique immédiate.
Si une telle propagande est à l’œuvre, ce n’est plus sous une forme étatique et localisée, mais systémique et globalisée, chaque individu en étant potentiellement la cible et le transmetteur.
L’innovation en tant que fuite permanente vers la nouveauté et négation des valeurs précédentes est-elle l’expression d’une nécessité humaine ? Ou bien est-elle dictée par de strictes motivations économiques et industrielles ?
Comment certains artistes se retrouvent-ils acteurs implicites d’un mécanisme de propagation et de vulgarisation des innovations ? Quel type de pratiques critiques, subversives, poétiques ou alternatives cette situation génère-t-elle en retour ?

L’édition 2014 du festival Accès)s( vise ainsi à explorer ces interrogations sous un angle critique et au travers de propositions artistiques et théoriques, en croisant les notions de numérisation globale, de fétichisme technologique, d’obsolescence, d’intelligence artificielle et de surveillance, ainsi que leurs détournements et réappropriations possibles.

 

Deux temps pour répondre à ces questions :
une exposition (du 8 octobre au 6 décembre2014) et un festival (du 13 au 16 novembre 2014)

Au travers d’une sélection d’œuvres internationales, ces propositions artistiques interrogent la mécanique de l’innovation en soulignant ou dénonçant ses dimensions provisoires, ludiques, ravissantes ou menaçantes, invitant dans le même temps à des usages alternatifs ou subversifs :

— le fétichisme de la technologie

— l’environnement numérique généralisé

— le principe d’obsolescence, ses conséquences sociales et environnementales et les alternatives
possibles

— la prédation des données et la surveillance globale

— la notion d’intelligence artificielle, l’autonomie des machines

— les usages et les modes de réappropriation

Durant toute la durée de l’exposition, un espace  de documentation permet la consultation de dossiers d’artistes présents pour DISNOVATION ou entretenant des liens avec la thématique, ainsi qu’une sélection d’ouvrages, textes, manifestes. Il se complète  d’une banque de ressources documentaires en ligne : http://disnovation.tumblr.com/

Parallèlement, le réseau de lecture  publique de l’agglomération propose une sélection  documentaire dans chacun de ses établissements.
Avec l’envie de partager son goût pour la création artistique  liée aux nouvelles technologies, l’association accès)s( propose durant toute la durée de l’exposition, un accueil en visite guidée et une médiation adaptés à différents  publics, notamment au public scolaire, du niveau primaire jusqu’à l’enseignement supérieur.

L’association accès)s( cultures électroniques propose plusieurs parcours de visites guidées autour de l’exposition DISNOVATION :

— parcours autour de l’environnement

— parcours autour de l’Homme/machine

— parcours autour de la surveillance

L’association propose à destination des élèves, des ateliers liés aux arts numériques, animés par différents  intervenants, en adéquation aux thématiques ciblées. Ils sont facultatifs en plus de la visite. L’enjeu d’accès)s( est de développer leur sens critique et leur créativité sur les usages, les esthétiques  et le enjeux des nouveaux média.

Du mercredi au samedi de 15h à 19h (entrée libre) – Le Bel Ordinaire — Billère

 

Artistes & Projets

* Surveillance, hacking, communication

- The Transparency Grenade de Julian Oliver (Nouvelle-Zélande / Allemagne)
La Transparency Grenade de Julian Oliver se présente comme une grenade à main, qui contient un micro-ordinateur, un microphone et une antenne wifi. Cette antenne capte le trafic du réseau environnant qu’elle transmet à un serveur dédié, redonnant à voir publiquement sur site l’ensemble des informations interceptées.

 

- The Algorithmic Trading Freak Show de RYBN (France)
Dans un contexte où 80% des ordres d’achat et de vente en bourse sont réalisés par des robots, le collectif RYBN se penche sur le fonctionnement et les implications de l’emploi croissant de ces traders automatisés.
Pour ce faire, ils dissèquent les programmes de ces automates afin de mettre en lumière les rouages et les travers des algorithmes financiers.

 

- DIY Drone Shadows d’après James Bridle (GB)
Les Drone Shadows de James Bride reproduisent sur la chaussée et en taille réelle les silhouettes de drones militaires utilisés pour des frappes à distance, souvent inconnus dans nos cieux occidentaux.

 

* Automation et comportement

- Computer store original de Clemence de la Tour du Pin (France / Allemagne)
L’artiste a collaboré avec quatre parfumeurs utilisant le Living® program afin de tenter de restituer l’odeur spécifique d’un produit de consommation neuf. La senteur obtenue est un mélange entre des emballages industriels et l’air d’un magasin d’informatique.

Clemence-de-la-Tour-du-Pin

 

- What Shall We Do Next ? de Julien Prévieux (France)
Ce film d’animation se présente comme une « archive des gestes à venir ». Ces gestes sont liés à des brevets pour l’invention de nouveaux appareils, déposés entre 2006 et 2011 auprès de l’agence américaine USPTO.

 

- Anomalies construites de Julien Prévieux (France)
La vidéo présente une série de lents travellings, longs et distants comme une esthétique technologique, sur les écrans d’ordinateur d’un open-space affichant comme autant de paysages abstraits, différents logiciels de conception 3D, qui permettent de fabriquer notre environnement.

 

- Are you human ? d’Aram Bartholl (Allemagne)
Les codes CAPTCHA sont de petites images que nous rencontrons presque chaque jour sur Internet. Il s’agit de l’acronyme pour Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart, utilisé pour prouver au serveur que le visiteur d’un site n’est pas un robot. Aujourd’hui, c’est l’ordinateur qui nous demande si nous sommes humains.

code

Code CAPTCHA

 

 

* Formes archaïques

- Lincoln 3D Scans d’après Oliver Laric (Autriche/Allemagne)
Production accès)s( , en partenariat avec le festival Gamerz.
En collaboration avec la Usher Gallery à Lincoln (GB), Oliver Laric a entrepris de scanner un choix d’antiquités et d’œuvres d’art de la collection sous forme de modèles 3D librement mis à la disposition du public.

Lincoln 3D ©Lincoln & Olivier Laric

Lincoln 3D © Lincoln & Olivier Laric

 

- Hoover contre Kaïsui de Sloan Leblanc (France) 
Le combat intermittent de deux aspirateurs suspendus dans l’espace d’exposition. Ce duel peu chevaleresque qui brasse de l’air dans le vide évoque la compétition acharnée que se livre deux marques concurrentes pour un produit absolument similaire, l’une américaine, l’autre française comme son nom ne l’indique pas (Kaïsui, contraction de Akaï et Samsui).

Hoover contre Kaïsui

Hoover contre Kaïsui

 

- Grand Troc Chili de Nicolas Floc’h (France)
Nicolas Floc’h
invente des processus de création impliquant la collaboration d’autres personnes. DISNOVATION présente une série de six portraits de personnes avec leur « objet de désir », et une sélection d’une dizaine d’objets, allant de la machine à coudre au four micro-ondes en passant par l’ordinateur portable.

 

- Turtle 1 Set Up Shop (Pays-Bas/Ghana)
Turtle 1
est un véhicule composite tout terrain conçu par l’artiste Melle Smets et le chercheur Joost van Onna en collaboration avec la communauté de Suame Magazine, un quartier de la ville de Kumasi au Ghana. Prototype unique en son genre, Turtle 1 est un assemblage de pièces usagées provenant de plusieurs marques automobiles.
http://we-make-money-not-art.com/archives/2014/09/smati-turtle-1.php#.VDO-2fl_t8E

 

 

- Refonte de Dardex (France)
Refonte
est une série de pointes de lances et d’armes rudimentaires réalisées à partir de différents métaux récupérés sur des déchets d’équipements électriques et électroniques.

Refonte ©Dardex

Refonte © Dardex

 

 

* Documents

- The future, as foretold in the past de Giorgia Lupi (Italie)
La longue histoire du futur tel qu’il a été prédit dans des ouvrages d’anticipation et de science-fiction, est ici proposée sous la forme d’une frise chronologique précisant les scénarios avérés, abandonnés ou restant à confirmer, illustrant ainsi le mot de Paul Valéry :« Le futur n’est plus ce qu’il était ».

Future events ©Giorgia Lupi

Future events © Giorgia Lupi

 

- The Terminator Studies de Jean-Baptiste Bayle (France / Portugal)
Dans Terminator Studies, Jean-Baptiste Bayle s’intéresse à l’influence du film The Terminator dans l’imaginaire collectif. Le projet consiste en une immersion dans la littérature et le cinéma de science-fiction, les jeux vidéo ou encore le cyber-espace, à la recherche des multiples occurrences de ce personnage de fiction.

 The Terminator Studies © Jean-Baptiste Bayle


The Terminator Studies © Jean-Baptiste Bayle

 

- Food futurism & Meat Map ; The Center for Genomic Gastronomy (USA)
À partir de la cartographie de controverses alimentaires, Le Centre de Gastronomie Génomique présente des prototypes culinaires alternatifs et imagine un système alimentaire plus juste, respectant la biodiversité.

Eat less, live more and pray for beans © Center for Genomic Gastronomy

Eat less, live more and pray for beans © Center for Genomic Gastronomy

 

- L’ampoule centenaire de Livermore (USA)
Depuis 1901, une ampoule électrique d’une puissance de 4 watts est allumée sans discontinuer, jour et nuit, dans la caserne de pompiers de Livermore en Californie. Elle a ainsi traversé un siècle de conflits et d’innovation et témoigne d’une époque où la notion d’obsolescence n’était pas encore institutionnalisée.

Ampoule de Livermore

Ampoule de Livermore

 

 

Accès)s( est une association née en 2000, dont l’action est de promouvoir la création contemporaine liée aux cultures électroniques et numériques. accès)s( explore, expérimente et rend compte de démarches qui font preuve d’acuité face au monde contemporain et questionnent les effets de la révolution technologique sur nos cultures et sociétés.

TAGS:

A LIRE AUSSI

  • Disnovation : autopsie de l’innovationDisnovation : autopsie de l’innovation DISNOVATION.ORG une autopsie de l'innovation Après avoir piloté récemment deux expositions collectives — Go Canny, poétique du sabotage à La Villa Arson et Futurs Non Conformes dans […]
  • Exhibit !Exhibit ! EXHIBIT ! Explorons les cultures numériques Scène de Musiques actuelles du Havre, le Tetris est porté par une équipe qui a toujours su croiser plusieurs disciplines artistiques, à […]
  • La Belle Vie NumériqueLa Belle Vie Numérique ceci n'est pas une exposition… À proprement parler, comme le proclame de manière intempestive le panneau d'infos à l'entrée de la Fondation EDF, il ne s'agit pas d'une exposition, même si […]
  • As Above So BelowAs Above So Below sur la terre comme au ciel C'est une nouvelle descente aux enfers que nous proposent les artistes multi-médias Gast Bouschet & Nadine Hilbert. Vidéo en noir et blanc, musique […]
  • Variation 2017Variation 2017 VARIATION Art Jaws Media Art fair Variation a refermé ses portes. L'heure est donc au bilan pour l'édition 2017 de cette foire-exposition consacrée à "l'art des nouveaux médias" (media […]
  • Gamerz 2017Gamerz 2017 GAMERZ festival des arts multimédia À la différence d'autres festivals dotés d'une programmation monolithique, Gamerz se structure autour d'un parcours d'expositions pensé comme un […]

PARTAGER CET ARTICLE

  • Subscribe to our RSS feed
  • Share this post on Delicious
  • StumbleUpon this post
  • Share this post on Digg
  • Tweet about this post
  • Share this post on Mixx
  • Share this post on Technorati
  • Share this post on Facebook
  • Share this post on NewsVine
  • Share this post on Reddit
  • Share this post on Google
  • Share this post on LinkedIn

AUTEUR

Muriel had written 234 articles for Magazine MCD