E-TOPIE 2013 : LES NOUVEAUX TERRITOIRES DU NUMERIQUE

Au-delà de la densité du parcours numérique proposé par les manifestations aixoises
e-topie et Chroniques des Mondes Possibles, un certain nombre de principes essentiels transparaissent dans les œuvres qui les composent. Transfiguration de l’espace architectural, principes de réalité augmentée et de révélation de l’indicible, questionnement et détournement des « frontières » entre réel et virtuel…
Et si l’art numérique était le sas idéal pour aborder la quête de nouveaux territoires ?

 

e-topie

 

Au Musée des Tapisseries d’Aix-en-Provence, les Paparazzi Bots de Ken Rinaldo font le buzz. Sans doute attiré par leur sens du cadre, le public se presse pour être pris en photo par ces robots tournant sur eux-mêmes comme des toupies cybernétiques. Dans cet étrange ballet, les rotations précipitées des machines tombent sous un certain sens. Celui du rythme effréné des manifestations perçant sur les différents pôles culturels aixois, dans le cadre du programme e-topie.

E-topie, parcours d’œuvres numériques à géométrie variable essaimant sur toute la cité provençale pendant un mois, c’est un peu la bousculade. Beaucoup de choses à voir, mais une grille de lecture pas toujours évidente à saisir du fait de sa programmation tentaculaire. Heureusement, au sein de ce parcours global, les Chroniques des Mondes Possibles, proposition festivalière pluridisciplinaire portée par la structure locale Seconde Nature, joue en quelque sorte le rôle de fil conducteur, et s’attache à relier entre elles les temps forts d’une proposition d’ensemble procédant d’un bien curieux exercice de transfiguration : transfiguration des œuvres, transfiguration de l’expérience pour le public mais aussi transfiguration des lieux.

 

Transfiguration de l’espace architectural

Les spécificités architecturales des sites accueillant le parcours e-topie sont ainsi largement sollicitées, dans le sillage de l’étrange chorégraphie proposé sur les murs du Pavillon Noir du Ballet Preljocaj par le Groupe Laps pour son projet Keyframes. Familier de la Fête des Lumières lyonnaises, le collectif propose un intrigant spectacle de personnages lumineux escaladant les toits tandis qu’un mapping architectural discret balaye la façade en libérant des poussières noires cendrées rappelant les trames contrastées de William Kentridge.
Mais évidemment, le lieu central de cette mise en orbite digitale se situe surtout du côté de la Fondation Vasarely, notamment au cours de son week-end inaugural. Pierre d’angle performative de ces trois premiers jours, la performance de façade médiatique de l’artiste japonais Ryoji Ikeda (proposée par l’association Hexalab) propulse les sphères noires et blanches, traditionnellement immobiles – un comble pour le père de l’art cinétique –, garnissant les murs de l’institution dans de vertigineuses projections interstellaires.

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(crédit : Ryoji Ikeda : the radar [fondation vasarely] – photo : Pabo de Selva)

Comme dans sa récente création Superposition, présentée il y a quelques mois au CENTQUATRE parisien, Ikeda se plaît à mélanger théâtre d’objets et approche paysagère spatialisée. Un travail graphique à la fois complexe et épuré, mathématique et poétique, qui épouse à la perfection la rondeur des sphères, transformées en exoplanètes multimédia, en onze nouveaux astres symboliques.
De fait, des formes inédites transparaissent : des lignes de codes projetées – la traduction numérique de la matière ainsi exposée ? ; des associations graphiques aux réminiscences curieuses (on croit ainsi voir apparaître par instants des rangées de vinyles comme sur certaines pochettes des compilations du label Chain Reaction). Au-delà des détails, la performance d’ensemble offre une conductivité organique rafraîchissante, débarrassée des logiques désormais trop ostentatoires du mapping architectural grand public. Des références textuelles en incrustation, entre science et littérature, complètent ce jeu de prisme visuel exploratoire sur lequel se greffent les habituelles lignes musicales tout en fréquences fractales minimalistes, les petites torsions sonores et autres crescendo « cutés » évoquant les bandes-sons de son compatriote Ryoichi Kurokawa (dont l’installation 5 écrans Rheo sévit d’ailleurs à l’intérieur du bâtiment), ainsi que les rythmiques glitch à la Oval ou la dimension plus « ambient » électronique nébuleuse d’un Wolfgang Voigt/Gas.

Cette extrapolation architecturale se retrouve de façon moins monumentale à l’intérieur de la Fondation, à travers la sculpture circulaire Isotropie de l’Ellipse Tore de Julien Clauss, posée dans un des espaces alvéolaires du lieu et dont le principe de diffusion d’une composition sonore cyclique semble épouser le regard complice des tableaux du maître Vasarely la surplombant.

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Au sous-sol, Etienne Rey propose à travers la dernière mouture de son Tropique *- déjà présenté en version réduite d’étape de travail au CDA d’Enghien – la transformation d’un espace devenu subitement immatériel. Ici, la transfiguration se rive dans l’ombre immersive d’une pièce noire soumise aux affres de lasers à la lumière diffractée, perçant des filets de brume dans un ballet d’ondes sonores sismiques. « Tropique est un environnement élastique constamment en train de se remodeler », explique l’artiste basé à la Friche Belle de Mai à Marseille. « Le public est confronté à une expérience de cet espace, en évoluant dans une sorte d’entre-deux. Par exemple, par le fait d’essayer de toucher la lumière alors que c’est quelque chose d’immatériel. Dans cette pièce, j’essaie de produire une sensation d’espace que nous percevons comme très proche, ou très loin. »

* Tropique d’Etienne Rey, projet artistique accompagné par le RAN, a été largement présenté dans le Cahier spécial RAN/MCD « L’écosystème numérique du RAN – Arborescences créatives ». (publication accessible en ligne sur le site MCD)

 

De la réalité augmentée à la révélation de l’indicible

Très loin, c’est justement là où nous emmènent les principes de réalité augmentée de son voisin d’atelier Adelin Schweitzer, à travers la très étrange expérience déambulatoire A-Reality.

IMG_7041-schweitzer_WA-Reality, c’est avant tout une expérience de données géospatialisées et biométriques permise par un dispositif portable imposant, le P03. Avant de s’harnacher du « sac laptop » et de l’impressionnant casque à lunettes vidéo immersives digne du « héros martyr » de La Jetée de Chris Marker (influence évidente revendiquée par l’artiste, même si on peut aussi trouver des similitudes avec le Videodrome de David Cronenberg), Adelin Schweitzer commence par prendre une photographie numérique de votre visage, transposée ensuite sous la forme d’une carte venant interférer avec celle de la Fondation et de ses alentours, terrain de jeu de l’expérience. Cette « cartographie biométrique » permet en fait de modéliser le parcours psychotique qui vous attend.
Après avoir mis le casque, les premières sensations sont rudes, nauséeuses. Le monde réel reste visible mais de façon très pixellisée, comme à travers une caméra de télésurveillance. Le système de vue en plongée provoque un décalage déstabilisant avec le champ visuel normal, ici largement réduit et écrasant toute notion de relief. Descendre simplement les marches d’un escalier peut ainsi devenir une gageure. L’expérience se poursuit tandis qu’on s’habitue à ce nouveau contexte, jusqu’aux premières incidences. A des endroits donnés, la cartographie du visage entre en résonance avec des zones de déclenchement de véritables expériences audiovisuelles intériorisées par le dispositif. Sons en boucle provenant de ses propres paroles, images subitement saturées de couleurs, de contrastes – les similitudes avec une expérience psychotrope sont évidentes jusqu’à l’impression de vertige, de malaxation cérébrale qui découle de cette immersion psychédélique ludique mais forte.

« Le P03 (prototype 03) est un outil conçu dans la perspective de transformer, au cours de déambulations en extérieur, l’ouïe et la vue de son utilisateur », précise Adelin Schweitzer. « Cet appareil est autonome en énergie et dispose de nombreux capteurs permettant une restitution en temps réel de l’environnement. Il est constitué de deux organes artificiels (un casque audio et une paire de lunettes vidéo immersives), d’un ordinateur, d’une boussole numérique et d’une balise GPS. Le casque audio fermé permet d’isoler l’utilisateur tandis que deux micros placés de part et d’autre de celui-ci retransmettent le son provenant de l’extérieur. Les deux caméras permettent d’enregistrer un flux vidéo stéréoscopique retransmis lui aussi en temps réel dans les lunettes vidéo. Enfin, tous les déplacements effectués avec ce dispositif sont « cartographiés » à l’aide d’un module de localisation GPS. »

Si Adelin Schweitzer travaille depuis plusieurs années sur le dispositif P03, il faut plutôt voir là l’imbrication de différents projets constitutifs d’un même faisceau de recherche autour de la réalité augmentée. Actuellement, il travaille ainsi sur un futur prototype qui associerait les différentes étapes du projet global. Son nom de code : Simstim pour simulation/stimulation. « Mon idée, c’est de créer une pièce immersive à partir de données de représentation du monde et des différents dispositifs déjà expérimentés. Ce serait comme une sorte d’arborescence des trois propositions existantes. La première étant le récit par procuration, avec le visionnage en mode allongé de l’expérience déambulatoire d’un autre. La deuxième, plus documentaire, avec un film fabriqué à partir des différentes expériences. Et une troisième plus personnelle, à travers une expérience de déambulation physique dans un paysage audiovisuel modélisé ».

Ce principe de réalité augmenté, l’Anglais Peter Sinclair le transpose lui dans un principe déambulatoire routier, à travers l’expérience Road Music, proposée également au public dans le secteur de la Fondation Vasarely. Ici, la caméra n’est pas placée sur vous mais dans la voiture que vous empruntez pour un sémillant parcours sonore. Au gré du voyage, la caméra capte les couleurs, les variations lumineuses, les contrastes, les objets se déplaçant à proximité selon le principe de détection du « block tracking ». Ici, pas de cartographie préparée avec déclenchement de séquences, mais du temps réel total dans l’analyse des données. « Les virages, les incidences du parcours, les autres véhicules croisés donnent des statistiques qui sont interprétées en une partition sonore par le système », détaille Peter Sinclair. « Il y aussi des accéléromètres fixés à la caméra pour capter les mouvements, les secousses. L’ensemble des éléments du trajet sont saisis dans un contexte global et la synthèse sonore obtenue provient donc d’une corrélation immédiate à tous ces événements de parcours ». La coïncidence sonore est effectivement curieuse, comme par exemple lorsque le croisement à vive allure d’un véhicule se traduit par un crissement sonore saccadé alors qu’à l’inverse la lumière du jour s’entend sous la forme d’un drone harmonieux. Via une application smartphone en cours de développement, il est également possible d’introduire dans la boucle une « partition musicale » existante. La compositrice marseillaise Marina Quiniou, affilée à la structure électro-acoustique de GMEM, a ainsi réalisé une pièce spécialement pour Road Music. En l’écoutant, on constate que les surprises persistent, notamment quand l’envolée de cordes attendues au moment d’arrivée dans la file d’un bouchon se transforme en un larsen « glitch » fortement intrusif ! Comme le suggère la compositrice, qui a travaillé sur des « patches » en pure data pour ce projet « open source », « le code est vraiment la nouvelle partition du XXIe siècle ».

A l’intérieur de la Fondation, les artistes Cécile Beau et Nicolas Montgermont procèdent eux à une autre expérience de captation, celle de « la révélation de l’indicible ». Radiographie se présente effectivement sous la forme d’une œuvre plastique et audiovisuelle où la mise en scène très « land-art » (le parterre de sable et de caillou) d’une antenne filin se prolonge par la traduction sur le mur écran géant des impulsions audiovisuelles procédant de la captation qu’elle effectue des ondes électromagnétiques présentes sur le site. Pièce lente et contemplative, Radiographie, c’est donc un peu le fragment d’un paysage indicible. « L’antenne puise dans tout cet environnement qui nous entoure mais que l’on ne voit pas », précise Nicolas Montgermont. « Les ondes électromagnétiques créées par l’homme comme les ondes courtes de radio basses fréquences, mais aussi les signaux naturels, comme les orages ou les pulsars. Ce modèle d’antenne est d’ailleurs utilisé en astrophysique ».  IMG_7053-montgermont_W

De fait, on assiste en direct à la révélation d’un espace temps. « Tout se passe en temps réel dans cette pièce mais cela crée aussi du lien avec des choses qui sont parfois très distantes. Des éléments passés par exemple, car l’antenne peut capter des signaux en provenance de Jupiter émis il y a une heure ». A l’image, sur la double paroi murale servant de réceptacle, le temps s’écoule vers le haut, rappelant ainsi la performance « noise » visuelle de scan de disque dur de son acolyte de Art of Failure de Nicolas Maigret, présenté le soir même à l’Ecole Supérieure d’art dans le cadre de la manifestation conjointe Gamerz. Un système de zoom et de dézoom permet d’ailleurs de plonger encore davantage dans cette matière, où le son est évidemment loin d’être absent. « C’est juste l’analyse des basses et des aiguës comme un système d’équaliseur », poursuit Nicolas Montgermont. « Il y a deux types de sons : le son en bloc signal diffus, et puis quand on zoom, un son en quelque sorte sélectionné dans lequel on peut entrer dans le détail. C’est pour cela qu’on capte parfois un bout d’émission de Radio France. Une phrase qui renvoie à la réalité du phénomène de captation ici présenté. C’est un peu la révélation d’une zone frontière de l’étrange. »

 

Détournement des frontières

Cette idée de frontière n’est pas abordée par hasard. Elle contribue largement, dans son principe premier de lieu de passage, de lieu de transition, à alimenter les perspectives artistiques d’autres artistes présentés au gré de ce parcours e-topie, et relevant de la même idée d’affranchissement et d’accession à ces nouveaux mondes possibles. Au Musée des Tapisseries, l’exposition AntiAtlas des Frontières, « curatée » par la critique d’art Isabelle Arvers, ne propose rien moins que de poursuivre cette expérience à la limite du réel mais, cette fois, dans une logique beaucoup plus politique de détournement des frontières existantes ou de révélation de l’escalade technologique sécuritaire se situant à leur échelle.

Dans le cadre paradoxalement feutré de ce musée, l’idée de frontière est abordée de façon très large, comme en témoigne le diptyque vidéo Samira (emborders 1) de Nicola Mai, qui présente le double franchissement de frontières effectué par Karim, un transsexuel algérien, qui, au-delà du changement de genre, a dû aussi quitté son pays et sa famille. Tout au long de l’exposition, la multiplication des supports, allant des jeux vidéos aux sciences sociales et à la cartographie recomposée, interpelle. Cette notion de frontière est partout, et sa vision manipulée, longtemps dévolue aux seules puissances étatiques, est devenue également un terrain expressif pour les artistes. Evidemment, les cartes géopolitiques apparaissent comme une véritable matière première. Celle de l’Afrique par exemple, sur laquelle Marina Koch superpose les différentes frontières coloniales à travers le temps avant de les faire disparaître pour ne plus laisser voir que les séquelles indélébiles de leurs marques (Borders). Ou celle du collectif espagnol Hackitectura, dont la Cartographie Critique de Gibraltar inverse dans un pied-de-nez géopolitique la localisation des villes d’Espagne et du Maghreb autour du point de cristallisation de Gibraltar. La mise en perspective virtuelle de ces frontières se double de phénomènes de défense ou de dénigrement de ces zones tampons. Dans son projet The Texas Border, Joana Moll expose les différentes lucarnes webcam fixées sur la frontière mexicaine que certains internautes « bienveillants » scrutent en nervis volontaires des gardes-frontières.
A l’inverse, The Transborder Immigrant Tool de Micha Cardenas s’appréhende comme un kit de survie pour migrant, la pièce pouvant d’ailleurs se décliner en une application pour smartphone bon marché. Les expressions les plus manifestes de l’exposition se dévoilent dans la critique larvée d’un monde biométrique qu’Amy Franceschini transforme en labyrinthe digital à partir de la saisie des empreintes de vos doigts (Finger Print Maze). Mais c’est bien dans la vidéo de Francis Alys, The Green Line, où l’artiste retrace physiquement, à l’aide d’un pot de peinture verte, la ligne de frontière originelle – et jamais respectée – entre Israël et la Palestine datant de 1949 que le message symbolique paraît le plus fort (à signaler que la vidéo est ici présentée dans un nouveau dispositif interactif permettant de suivre le parcours de l’artiste sur une cartographie écran de Jérusalem disposant de nombreux bonus, interviews, commentaires, à différents endroits clés).

Cette thématique frontalière se poursuit également dans les espaces d’exposition de l’Ecole Supérieure d’Art et du festival Gamerz qu’elle accueille, notamment à travers la pièce Micro Pets de Marie Poláková qui focalise sur l’étrange vie numérique surdimensionnée de bactéries prises au piège d’un aquarium. Ou encore dans les travées confortables de la galerie de Seconde Nature, qui laisse entrevoir la très symbolique ligne de partage entre la vie et la mort composée par Samuel Rousseau pour nourrir l’étrange visualisation accélérée du cycle existentiel d’un arbre (L’Arbre et son Ombre). Une boucle éthérée, hors du temps, que semble rejoindre également Laurent Pernot dans sa très belle vidéo contemplative Until The Sun, où levers et couchers de soleil révèlent dans une étrange synthèse filmique leur rituel successif de disparition et de renaissance. Mais, c’est sans doute dans les étranges scénarios sonores du duo Magali Daniaux et Cédric Pigot que cette abstraction entre réalité documentaire et narration audiovisuelle exprime le mieux cette expression confusionnelle du point de passage entre frontières physiques et nouvelles délimitations artistiques. C’est en effet après avoir séjourné dans l’extrême nord de la Norvège et assisté, durant la manifestation Barents Spektakel, à divers débats autour des nouvelles possibilités transfrontalières permises par le changement climatique, que le duo parisien a concocté son étonnante odyssée sonore en mode écoute immersive, Arctic Tactics. Une mise en abîme sensorielle, où la voix de Magali Daniaux et des responsables interviewés sert de combustible tourbillonnant à une expressivité narrative mise en son de manière pernicieuse par Cédric Pigot.
Une manière idéale, hybride et prospective de révéler par l’expérience numérique un principe actif de nouvelles frontières, et donc de nouveaux territoires à explorer, qui ouvre considérablement l’horizon artistique de ces prochaines années.

Laurent Catala

 

E-topie et Chroniques des mondes Possibles, du 10 octobre au 10 novembre 2013, Aix-en-Provence
Parcours Seconde Nature : www.secondenature.org
Festival Gamerz : www.festival-gamerz.com
AntiAtlas des frontières : www.antiatlas.net

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AUTEUR

Muriel had written 234 articles for Magazine MCD