Fête de l’Anim

FÊTE DE L’ANIM
retour sur la 13e édition

Le véritable coup d’envoi de la 13ème édition de la Fête de l’Anim, qui s’est tenue du 31 mars au 2 avril, a eu lieu le vendredi soir place de l’Opéra à Lille. Devant un public renouvelé tout au long de la soirée, des clowns et tout un bestiaire s’agitaient sur la façade néo-classique du bâtiment. Le thème du cirque choisi pour ce mapping, diffusé en boucle jusqu’à minuit, se prêtait bien à toute une série de tableaux animés et colorés sur la pierre et les colonnes de l’édifice. On saluera la prouesse étant donné le timing : seulement 4 jours pour finaliser cette création qui a réuni une cinquantaine d’étudiants sous la houlette de Samy Barras, Ludovic Burcyzkowski et Tamas Zador.

Mapping sur la façade de l'opéra de Lille. Soirée d'ouverture de la Fête de l'Anim. Photo: D.R.

Mapping sur la façade de l’opéra de Lille. Soirée d’ouverture de la Fête de l’Anim. Photo: © Yves Bercez.

Le vidéo-mapping est désormais une pratique artistique reconnue, présente dans de nombreux événements et festivals. Mais se pose la question : en quoi le vidéo-mapping entre-t-il dans le champ de l’écriture du film d’animation ? Pour essayer d’y répondre, une table ronde organisée en collaboration avec la NEF (Nouvelles Écritures pour le Film d’animation) réunissait des artistes, chercheurs et réalisateurs (Marie-Anne Fontenier, Mo Assem, Ludovic Burcyzkowski, Sébastien Denis, Domenico Spano, Maxime Thiébault). L’occasion de mettre en perspective les ressorts de ce type de création, d’en souligner certaines filiations historiques (voire pré-technologiques), d’en montrer les évolutions, de s’interroger sur la problématique du cadre et du support de diffusion qui caractérise le vidéo-mapping.

Table ronde "Vidéo mapping" en collaboration avec la NEF animation, à l'Hybride à Lille. Photo: D.R.

Table ronde « Vidéo mapping » en collaboration avec la NEF animation, à l’Hybride à Lille. Photo: © Yves Bercez.

En ouverture, d’autres rencontres permettaient de comprendre le protocole et les techniques de création, les réalisations et les projets de quatre studios européens : Outro, Nexus, Talking Animals et nWave, qui œuvrent chacun dans des styles bien différents. Ce Focus Visual Design était organisé au sein de la Serre Numérique à Valenciennes — pépinière d’entreprises qui héberge aussi 3 écoles spécialisées dans l’animation, le jeu vidéo et le design industriel (Supinfocom, Supinfogame et l’ISD, Institut Supérieur de Design). Moins technique, mais d’autant plus passionnantes, les Masterclasses offraient également un moment de rencontre privilégié avec des réalisateurs de renom, comme Michael Dudok de Wit — dont le film La Tortue rouge était projeté à la Maison Folie Moulins. Une histoire de solitude, d’oubli et de prison à ciel ouvert, dans un lieu vide : celle d’un naufragé sur île déserte qui trouve sa robinsonne en la personne d’une tortue qui se métamorphose en nymphe… Primée notamment à Cannes (prix spécial dans le cadre d’Un Certain Regard), La Tortue rouge repose sur un dessin et de l’animation classique, et une narration qui fait l’économie de tout dialogue.

Réalisateur phare de l’animation made in France, Jean-François Laguionie a conçu ses premiers courts métrages (La demoiselle et le Violoncelliste, Une bome par hasard…) avec l’aide de Paul Grimault (Le Roi et l’oiseau). Parue en 1979, La Traversée de l’Atlantique à la rame remporte plusieurs prix, dont la Palme d’or du court métrage à Cannes. Il a ensuite créé son propre studio, puis une société de création et production, La Fabrique, pour accompagner la réalisation de son premier long métrage, Gwen, le livre des sables. À l’occasion de la masterclasse qui lui était réservée, Jean-François Laguionie est revenu sur la genèse de son dernier long métrage en date, Louise en hiver, paru en 2016, et qui a bien sûr fait l’objet d’une projection lors de la Fête de l’Anim. C’est l’histoire d’une grand-mère oubliée dans une station balnéaire « fantôme », qui égrène ses souvenirs avec un chien comme seul compagnon qui lui donne la réplique en attendant le retour de la saison à venir avec ses plaisanciers et le train qu’elle a loupé… À ce propos, Jean-François Laguionie évoque sa mère comme source d’inspiration, même si ce récit intimiste n’est pas autobiographique. Il nous parle aussi de sa méthode de travail : les repérages pour les décors sur des lieux où il allait en vacances enfant, les dessins préparatoires, l’animatique qui servira ensuite de « chemin de fer » pour la mise en place de l’animation, le son et la musique, l’importance de la production, etc.

L’exposition conçue autour du studio d’animation Train Train était également très intéressante du point de vue de la conception de l’animation. Structurée autour des points clefs de la réalisation (storyboard, animatique, compositing, layout), cette expo nous donnait à voir de nombreux dessins, maquettes et extraits de films qui témoignaient aussi de la diversité des univers qui ont surgi de ce studio lillois. Un best-of de courts métrages — parmi lesquels Paix sur terre de Christophe Gérard, Sumo de Laurène Braibant, La Ferté, un cercueil de béton de Christine Tournadere & Gabriel Jacquet — exprimait une diversité des approches, du graphisme et de la narration. Ces différentes esthétiques et thématiques montraient, si besoin était, que l’animation n’est pas destinée uniquement à un jeune public, bien que nombre de productions restent orientées en ce sens. Et même dans ce domaine, beaucoup de choses de reste à faire : les ateliers pour enfants, expositions et projections que proposait la Fête de l’Anim montraient là aussi des créations singulières, bien loin des standards des programmes jeunesse et des chaînes dédiées.

Mais s’il fallait se convaincre du foisonnement créatif dont fait preuve l’animation en général, il suffisait de regarder les dizaines de films de fin d’études proposés dans le cadre du Best-of de plusieurs écoles d’animations européennes et asiatiques. Une collection impressionnante de courts métrages qui font appel à une multitude de techniques pour des rendus graphiques foisonnants. Impossible d’en isoler quelques-uns, ce n’était pas un concours et ce serait bien évidemment réducteur. Chaque petit film est un monde en soit — souvent un monde parallèle — qui déploie sa propre imagerie. Poétiques, comiques, érotiques ou satiriques : tous ces films sont comme un kaléidoscope de la création contemporaine où pointent déjà les grands réalisateurs de demain.

Si le format court domine la sélection du festival, quelques longs métrages étaient aussi projetés; dont certains inédits en salle comme The Anthem of the heart (en VF, Jun, La voix du cœur) de Tatsuyuki Nagai, qui fait preuve d’un peu trop de « sentimentalisme » à notre goût; en particulier à cause de la bande-son (violon, clavier, vocalises…) qui surligne une histoire déjà bien plombée (une lycéenne, accusée par ses parents d’être à l’origine de leur divorce, crée un réseau avec des congénères victimes, comme elle, de troubles émotionnels…). À rebours, Seoul Station du réalisateur coréen Yeon Sang-Ho ne fait pas de quartier si l’on ose dire : c’est une sombre et prenante histoire de zombies qui « préfigure » (un prequel, donc) son film Dernier train pour Busan sorti l’été dernier. On notera qu’il est assez rare qu’un réalisateur aborde aussi bien la fiction classique (en prises de vue réelles) que l’animation : Yeon Sang-Ho est également l’auteur de The King of Pigs paru en DVD et VOD l’hiver dernier et il travaille actuellement aux dernières touches de The Fake, son prochain film d’animation. Pour en revenir à Seoul Station, on signalera également que c’est une des rares réalisations à avoir une dimension socio-politique forte (les SDF victimes de préjugés, l’aveuglement totalitaire de l’état de siège, etc.).

Mais le long métrage le plus déjanté — et donc, celui que l’on plébiciste —était assurément Nerdland de Chris Prynoski. On y suit les tribulations passablement trash d’Elliot et John, un scénariste et comédien autoproclamés qui partent à l’assaut d’Hollywood en espérant accéder à la célébrité à laquelle ils rêvent pour leur trentième anniversaire. Après un premier plan voué à l’échec vu leur pedigree, ces loosers magnifiques enchaînent les combines et situations toutes plus foireuses les unes que les autres. Le tout dans une ambiance bien borderline et très colorée. Précision importante, le scénario de Nerdland a écrit par Andrew Kevin Walker (Seven, Sleepy Hollow). Pas sûr qu’il sorte un jour en salle : on ne peut que remercier l’équipe de la Fête de l’Anim pour cette initiative.

Laurent Diouf

> www.fete-anim.com

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AUTEUR

Laurent Diouf had written 408 articles for Magazine MCD