HADRA FESTIVAL : UNE BONNE DOUCHE AUX MAUVAISES HUMEURS

Malgré des conditions climatiques dantesques, l’édition 2012 du festival Hadra a montré que le grand raout trance hexagonal continuait de progresser dans sa logique d’ouverture et de qualité artistique. Le signe d’une marque de fabrique désormais incontestable.

Pour son édition 2012, le festival Hadra, référence de la scène trance hexagonale – tant en termes de label que d’organisation de soirées émaillant désormais sur tout le territoire, on se remémore encore l’excellente soirée organisée en janvier dernier aux Docks des Sud à Marseille -, n’a pas eu vraiment de chance. Une météo capricieuse est venue sacrément secouer un site qui n’en demandait pas tant : boue, grêle, pluie, vent et froid glacial se sont ainsi invités à la fête sans crier gare.

Des éléments perturbants qui  n’ont pourtant pas empêché un large public (environ 11000 personnes et encore le site a dû être bouclé le samedi sur décision de la préfecture à cause des intempéries) de venir fêter dans une bonne humeur partageuse le rendez-vous psychédélico-électronique de Lans-en-Vercors.

SOUS LE SIGNE DE LA MATURATION

C’est justement cette notion de partage, alliée à une grande d’ouverture d’esprit stylistique ne dédaignant pas non plus les technologies de l’image et des innovations numériques, qui caractérise de plus en plus un évènement qui continue de grandir chaque année.

Certes, le déplacement calendaire du festival – de début juillet à fin août pour satisfaire une association écologiste locale militant pour le droit des oiseaux à nidifier, le festival ayant lieu au sein du flamboyant Parc régional du Vercors – pourrait à terme constituer un frein tant les conditions météo s’avèrent logiquement plus compliquées en fin d’été dans une zone de haute-montagne. A défaut de pouvoir le retarder, pourquoi ne pas l’avancer un peu plus tôt dans la saison ?… Néanmoins, la marge de progression semble réelle tant les initiatives se multiplient d’éditions en éditions.

Au rayon « technologique », le festival mettait ainsi en place cette année un système de paiement au bar par porte-clés RFID rechargeable, un porte-clef électronique qui évitait les sempiternelles recherches de monnaie ou de ticket boissons au fonds des poches, forcément nombreuses vue la configuration climatique.

La présence de quelques installations interactives – encore minimes – comme la fresque de lumière participative proposée par Cycloptik sous la grande structure, ou la performance vidéo de Binah sur le pont liant le site amont et aval du festival titillait la curiosité. Conscient de sa culture dancefloor, le large atelier dédié au VJs en herbe questionnait un désir presque pédagogique pour les fêtards curieux.

Bien évidemment, les jeux de lumière et la déco fluodélique constituaient encore le fer de lance naturel des adeptes de la culture psytrance, en faisant vibrer le main floor aux formes d‘araignée tentaculaire et sa scène barrée de deux écrans larges,le tout résultant de la collaboration de différents collectifs mutants (Afradrenaline, Ivi3D, Bubbleparadise, et bien évidemment les inusables Lucioles). Aux manettes, une sélection de VJ (VJ Likid, Vj Zero, Vj Blast, etc.) impulsait les artifices audiovisuels qui accompagnaient les agapes.

TRANCE ET ETHNO-WORLD

Musicalement aussi, l’ouverture et le partage ont largement marqués cette édition 2012, dans le sillage d’ailleurs des choix de publication affichés par le label Hadra ces derniers temps. De nombreuses sorties récentes témoignent de l’ouverture vers d’autres genres électroniques (l’electro/breakbeat de Digidep) mais surtout ethno-world. Maître de la cérémonie d’ouverture, le Grenoblois Lakay a joué à nouveau de ses colorations trance acoustique aux accents voyageurs, avec ses rajouts de  trompette jazz, d’humeurs flamenco et de sonorités asiatiques. Les petits nouveaux mkf (Trio) et leurs trames suaves d’accordéon envoûtant, et surtout le projet Gypsy Therapy de la chanteuse tzigane roumaine Rona Hartner (héroïne du film Gadjo Dilo de Tony Gatlif, album à sortir en février ), accompagnée du toujours affable DJ tagada, venait ainsi compléter la ligne de programmation vraiment sans œillères des petits protégés du label, aux côtés des autres invités « extérieurs » répondant à cet appel du monde : les Israélo-New Yorkais de Balkan Beat box, le joueur d’oud tunisien Khaled ben Yahia, les inépuisables Secret Vibes et leur science du mélange (didjeridoo, flûte, voix et rythmes trance pulsés) ou dans un registre plus dub/hip/hop noir, le Lyonnais Uzul, nouveau transfuge du label Expressillon.Bien entendu, un festival Hadra ne serait pas un festival Hadra sans la prévalence sur le dancefloor principal du genre psytrance et de ses différents dérivés. A ce petit jeu de la syncope psychédélique et des lignes synthétiques en spirale,  il ne fallait pas manquer les sets des nouvelles coqueluches du label : qu’il s’agisse du duo Digital Talk, ou de leurs alter ego de Cubic Spline (jetez une oreille sur leur excellent premier album Paradigm Shift).

Un line-up habilement complété par des invités triés sur le volet sans cependant céder aux sirènes des mêmes grands noms, toujours programmés dans les fêtes trance internationales. Mention spéciale aux incisifs Isochronic et Tito en configuration nuit, ou aux plus groovy et mid-tempo  danois de Tenka, à l’Allemand Feuerhake et au Serbo-autrichien Funky Dragon en trance de jour. Une tendance plus abordable et conviviale qui a d’ailleurs conclu le festival avec les trois live successifs de Symbolic, Gaudium (deux représentants de l’éminent label Iboga) et Vaishyas le dimanche après-midi. Pour un peu, le soleil en serait presque revenu !

Article par Laurent Catala


 

Plus d’informations sur : www.hadra.net

 

 

 

 

 

 

 

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