Judith Darmont

JUDITH DARMONT
interview-portrait

Venant de la peinture en 1990, grâce à des rencontres, j’ai commencé à faire des peintures sur ordinateur pour tester les premiers logiciels de palette graphique. Cela m’a complètement fasciné. J’ai rencontré aussi des  musiciens qui avaient les mêmes ordinateurs, et j’ai créé avec Raphael Elig, Echosystem, un groupe multimédia. On a commencé à mélanger musiques et images, à faire de la scène, mais aussi à apporter des propositions multimédia aux marques, pour leur site Internet, leurs magasins. Par exemple, l’inauguration et le site Internet de la première FNAC multimédia en France.

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Judith Darmont, Babel. Photo: D.R.

À partir de 1994, j’étais free-lance pour Montparnasse multimédia où j’ai travaillé sur différents CD-Rom. J’ai suivi les avancées technologiques et j’ai appris sur le tas, comme presque tout le monde à l’époque. Début des années 2000, j’ai commencé a travaillé dans l’événementiel, j’ai participé à des soirées pour les marques, en tant que VJ. Maintenant, je suis aussi consultante digital pour les marques et les agences. Je crée des films arty et aussi des concepts d’installations artistiques. En parallèle, je continue d’exposer et j’ai plusieurs créations multimédia que je développe pour les villes.

Pour un artiste digital, c’est encore compliqué d’accéder au marché classique de « l’art contemporain ». C’est aussi une question de temps : le « format » digital est encore difficile à vendre. On doit aussi prendre notre place et être visibles dans ce flux incessant d’images. De leur côté, les galeries sont également en pleines mutations, tout comme le marché adopte de nouveaux repères et de nouvelles pratiques culturelles. Les marques ont toujours fait appel aux artistes pour leurs campagnes, leurs événements. Dans un travail de  »commande », l’artiste a parfois un cahier des charges qui le restreint dans sa créativité… Mais à l’inverse, l’artiste peut aller voir une marque plus proche de son univers pour qu’elle l’aide dans son projet, comme un mécène.

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Judith Darmont, Métamorphose V2. Microsoft / Agence Hours, Gaîté Lyrique, Paris. Photo: D.R.

Je prends deux exemples. Quand Apple a lancé en France l’IPOD en 2002 et a organisé une soirée à l’Olympia, j’avais créé d’immenses peintures digitales sur bâches en y intégrant leurs produits puis, durant toute la nuit, j’ai mixé ces créations, live, avec les DJs Bob Sinclar, Dimitri from Paris, etc. La synergie est double puisque tout ce que j’ai créé avait comme outil les Mac et leurs logiciels. En 2013, Perrier fêtait ses 150 ans à Tel-Aviv et rééditait pour l’occasion la bouteille qu’Andy Warhol avait créée pour eux. Ils m’ont demandé de réaliser des portraits vidéos artistiques de célébrités locales, en s’inspirant de son univers coloré, comme un véritable « tribute ». J’ai conçu une exposition pour leur événement, qui a été ensuite ouverte au public pendant 5 jours.

L’art numérique, du fait qu’il soit « multimédia », englobe toutes sortes d’artistes comme des photographes, des peintres, des graphistes, des musiciens, des designers, des scénographes… Nous utilisons tous les mêmes outils. Ce qui change, ce sont nos inspirations, nos visions. Bien évidemment, les marques s’inspirent des artistes; elles ont besoin de cette manne créative pour magnifier leur discours et « faire rêver ». Les publicitaires s’inspirent aussi des artistes et proposent à leurs clients de s’associer avec eux. On voit de plus en plus des agences spécialisées dans le « brand curating ».

Judith Darmont, Babel. Photo: D.R.

Judith Darmont, Babel. Photo: D.R.

Mes deux derniers projets, Urban Spirits et Babel s’inscrivent dans cette tendance. Pour moi, la place de l’art et de l’artiste est dans l’espace public, ils doivent être présents, gratuits et accessibles. J’investis donc l’espace urbain depuis 3 ans. Notamment avec Urban Spirits. Cette création de digital street art, basée sur des projections mobiles et sonorisées, est conçue pour diffuser de manière éphémère ou permanente de l’art dans la ville. Babel est un voyage immersif dans les alphabets du monde, qui se décline en installations interactives avec le public, mapping et expositions.

Le développement de ce type de projets implique des villes qui souhaitent ajouter de l’art dans leurs espaces publics, sans toujours s’en donner les moyens. Les partenaires sont alors incontournables pour que ces créations puissent se développer : mécènes, sponsors apportent des ressources financières, logistiques… Institutions, industries et marques sont, de fait, souvent déjà impliquées dans des synergies proactives avec les villes.

 

propos recueillis par Laurent Diouf
publié dans MCD #74, « Art / Industrie », juin / août 2014

 

Site: www.judithdarmont.com

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AUTEUR

Laurent Diouf had written 408 articles for Magazine MCD