Chroniques

Biennale des Imaginaires Numériques

Report, annulation, dématérialisation… Pas facile de maintenir la programmation d’un événement compte tenu des incertitudes et contraintes de la crise sanitaire actuelle. Et pourtant, contre vents et marées diront certains, Chroniques, la Biennale des Imaginaires Numériques, ouvre bel et bien ses portes le 15 décembre à Aix et Marseille, jour du déconfinement annoncé. Petit survol des expositions proposées.

Portée par Seconde Nature et Zinc, Chroniques devait initialement se tenir mi-novembre. Ironie de l’histoire, alors que les circonstances actuelles renforcent le sentiment de finitude (épidémie, climat) et d’effondrement (de l’économie de marché, de la démocratie représentative, etc.), la thématique de cette édition 2020 s’articule autour de la notion d’Éternité…  Pour l’essentiel, la Biennale des Imaginaires Numériques est axée autour d’expositions, mais la programmation compte aussi quelques événements en ligne : rencontres professionnelles en partenariat avec l’Institut français, masterclasse avec Joanie Lemercier et Juliette Bibasse.

Parmi les expositions, on citera Ghost In The Machine, qui réuni des œuvres évoquant les échos de la mort (spiritisme, etc.) au travers des techniques de communication. Ainsi, en s’intéressant aux ondes électromagnétiques, Véronique Béland fait aussi revivre le télégraphe comme porte pour communiquer avec l’au-delà avec son installation générative, Haunted Telegraph. Dans un autre genre, Thierry Fournier propose Grave, une installation vidéo qui dévoile une pierre tombale dont les inscriptions se réécrivent ad vitam æternam

Si les fantômes sont dans la machine, il n’y a pas de raison que Dieu n’y soit pas aussi un peu pour quelque chose. Une deuxième expo en forme de “spin off”, intitulée God From The Machine, propose quatre œuvres narratives, des films VR ou en réalité augmentée construite sur une hybridation des conventions cinématographiques et des mécanismes du jeu vidéo. Quatre créations signées Charles Ayats, Jan Kounen & Sabrina Calvo (7 Lives), Huang Wei-Hsuan (Modernological Urbanscape), Alain Damasio, Charles Ayats, Franck Weber & Frédéric Deslias (MOA), Singing Chen (Afterimage For Tomorrow).

Ensemble, ils racontent une odyssée contemporaine entre monde réel et virtuel, entre monde des vivants et des morts, entre monde présent et futur où nos souvenirs peuvent être téléchargés, ou encore dans une ville en 2046 sous la loi d’une surveillance et d’un marketing sans limites. Entre happening politique et projet transdisciplinaire, Post Growth du collectif Disnovation.org (feat. Baruch Gottlieb, Clémence Seurat, Julien Maudet & Pauline Briand) met l’accent sur l’impasse dans laquelle est coincée notre société de consommation et invite à explorer des prototypes de jeux stratégiques pour se décoloniser des doctrines de la croissance économique, à découvrir des voi-x-es alternatives, et à appréhender les conséquences radicales d’un modèle économique reconnecté avec les sources d’énergie élémentaires…

La thématique centrale de cette édition est répartie sur deux expositions : Avons-nous le temps pour l’éternité ? et Que voulons-nous faire pousser sur les ruines ? Un questionnement mis en forme au travers de nombreuses installations. Notamment celles d’Antoine Schmitt (Prévisible – Hétérotopies #2), Felix Luque Sanchez (Perpétuité I), Rocio Berenguer (Lithosys) et Eva Medin (Le Monde après la pluie) co-produites par Chroniques dans le cadre de cette biennale. Ces créations explorent nos réactions face à la bascule technologique et climatique que nous éprouvons et les spéculations sur “le monde d’après” : Comment allons-nous coexister entre vivants et non vivants ?  Comment allons-nous pouvoir vivre et nous adapter face à ces mutations ?

En parallèle, quelques expositions solos et autres monographies sont consacrées à Félicie d’Estienne d’Orves, Laurent Pernot et Jeanne Susplugas. Des événements associés où figurent Jacques Perconte et A.I.L.O. (Géométrie Spatiale) viennent également compléter cette programmation qui trouvera son acmé lors d’un week-end de clôture (du 14 au 17 janvier 2021) avec des performances (Coexistence de Rocio Berenguer, Krasis d’Alexandra Radulescu & Annabelle Playe), projections (Cycle de Nohlab) et installations (ÜBM Junior de Michaël Cros).

Chroniques, Biennale des Imaginaires Numériques
Aix-en-Provence et Marseille, jusqu’au 17 janvier, 20 février et 7 mars (selon les expositions)
Infos : https://chroniques.org/

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