Arthur Zerktouni

(Maroc / France)

Arthur Zerktouni est un artiste plasticien, qui, à travers ses installations, évoque le numérique sans nécessairement l’utiliser. Il ne fait pas le choix d’un média spécifique, car selon lui tout support est bon à prendre tant qu’il répond au discours de l’installation.

Composition n°1. Arthur Zerktouni. Installation mix-médias (fils de coton et lumière noire). Résidence à l’Octroi de Tours. 2011. Production: Mode d’Emploi, Tours. Photo: © Ann Schomburg.

Dans sa pratique plastique, Arthur aborde le temps, l’espace et tout ce qui y est lié (la mémoire, l’infini, etc.), car ces thèmes sont universels mais relatifs et jouent sur la perception. Il aime laisser à ses travaux la liberté d’une polysémie. L’artiste utilise le fil de coton, le tube, et l’eau qui le fascine, car derrière son apparente simplicité se cache une complexité physique.

Selon Arthur, le numérique marque un tournant dans l’histoire de l’art et de l’Homme, il modifie notre rapport au monde, au support et à l’échange, et offre un nouveau vocabulaire esthétique et conceptuel à la création artistique, qui transcende notre époque. Ce médium renoue selon lui avec une certaine idée d’un art logique, mathématique. Le numérique se place également dans l’immatérialité, il métamorphose et permet de lier les différents éléments d’une installation.

Arthur Zerktouni, né à Casablanca en 1983, travaille en France. Diplômé des Beaux-arts de Bourges en 2005, il s’est intéressé à l’art conceptuel, au minimalisme et à la création sonore. À Taïpei (Taïwan), il réalise une performance sonore lors du Laking Sound Festival et, au Guandu Museum of Fine Arts, expose la vidéo de son collectif META. Lors de City Sonic 2009 (Mons, Belgique), il expose des sculptures sonores. La même année, ses recherches plastiques sur la relation entre le son et les autres médias, et l’installation 7etc, réalisée avec Nikolas Chasser-Skilbeck (City Sonic, 2010) lui valent son diplôme national supérieur d’expression plastique.

Composition n°3. Arthur Zerktouni. Installation mix-médias (fils de coton, lumière noire, moteur). Exposition Objets-Son au Palais Abdellia (La Marsa, Tunisie), E-FEST 2012. Photo: © KRN.

Ce sont ensuite, au Studio National du Fresnoy (Tourcoing), l’installation Danaé, réflexions sur l’autonomie de l’objet artistique; les installations Thésée et Ariane, qui interrogent les figurations du labyrinthe, à l’Octroi de Tours en 2011; et In Memoriam en 2012 (Panorama 14, Le Fresnoy). Selon Arthur, le numérique devrait se développer en Afrique sans avoir à copier l’Occident. Il pense que les artistes africains doivent s’emparer de cet outil et l’utiliser d’une façon nouvelle, car les possibilités sont infinies. Et si les conditions ne sont pas toujours simples, il aime à penser que la contrainte technique pousse l’humain à développer de nouvelles solutions, de nouvelles propositions.

In Memoriam est une installation interactive, une expérience entre soi et son image, qui évoque le temps qui coule et l’impossibilité de le saisir. Le son léger d’une chute d’eau remplit un espace sombre. En avançant vers l’origine de la source sonore, le spectateur voit apparaître sa silhouette évidée et fantomatique à la surface d’une multitude de filets d’eau qui forment un écran, au centre d’une structure monolithique noire. Au début, simple brume lumineuse, la silhouette s’agrandit au fur et à mesure de l’avancée du spectateur, jusqu’à le dépasser lorsque ce dernier est proche de l’eau. Si plusieurs personnes font face à l’installation, leurs silhouettes, à différentes échelles, se chevauchent, se mélangent et se redessinent. Au moindre contact avec le spectateur, l’image s’écoule, elle chute comme si elle était devenue prisonnière du flux, et elle disparaît. J’essaie de trouver une forme de beauté au risible, au vain. C’est une façon de voir le monde.

In Memoriam. Arthur Zerktouni. Installation (projection vidéo interactive sur une chute d’eau). Mix-médias. Programmation informatique: Nicolas Verhaeghe. Production: Le Fresnoy, 2012. Photo: © Nikolas Chasser-Skilbeck.

Composition est une série, entamée à l’Octroi de Tours en 2011, suite à diverses expérimentations sur l’espace, le temps et le son. Avec du fil de coton blanc suspendu dans l’espace, de manière à créer un quadrillage géométrique, et de la lumière noire, Arthur crée un dispositif où le spectateur, plongé dans l’obscurité, a une sensation de vertige. Puis il décide de figurer dans l’espace les fréquences visibles sur sa table de montage : comment l’écriture du sonore peut-elle prendre la forme de ce qu’elle décrit ?

Arthur décide de jouer aussi sur la perspective du lieu en offrant un point de vue vers l’infini. À l’occasion de l’exposition Objets-Son (E-FEST, 2012), l’artiste fait bouger très lentement ses fils de coton dans l’espace, à l’aide d’un petit moteur, en suivant une perspective centrale. Puis, il place un micro piezzo sur le moteur et ralentit le bruit que ce dernier produit ; le son obtenu est alors diffusé dans l’espace.

La tautologie et la logique ont toujours dirigé ma production artistique et je me demandais: Quel instrument de musique contient, dans sa propre mécanique, la partition qu’il joue? Ainsi, l’installation est-elle à appréhender comme une grande boîte à musique, une sculpture qui, en abordant divers thèmes (esthétique numérique, mathématiques, logique), garde en elle les moyens propres de son autonomie.

publié dans MCD #71, « Digitale Afrique », juin / août 2013

> www.arthurzerktouni.net

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