James Webb

(Afrique du Sud)

James Webb présente depuis 2001, à la fois des installations à grande échelle pour des galeries et musées, et des interventions impromptues dans des lieux publics. Son œuvre explore la nature de la foi et la dynamique de la communication au sein de notre monde contemporain, utilisant souvent l’exotisme, le détournement et l’humour pour servir son propos.

James Webb. Photo: © Adrienne van Eeden-Wharton.

Né en 1975 à Kimberley (Afrique du Sud), il vit et travaille au Cap. Webb est un artiste conceptuel qui explore un grand nombre de médias, tels que le son, la vidéo, la lumière et le texte, et ses œuvres se déclinent sous forme d’installations, interventions, diffusions et performances. Il a travaillé sur des environnements sonores et vidéo multicanaux, des enseignes au néon, la transmission radiophonique, ou encore des plantes envahissantes, des textes de musée détournés et diverses sculptures traditionnelles ou modernes mises en situation dans ses installations.

Mais l’artiste précise : je me penche en premier lieu sur les idées et je cherche ensuite l’outil le plus apte à exprimer celles-ci. Toutefois, il aime à penser qu’il est pratiquement impossible d’occulter le son, même s’il n’est qu’un médium parmi d’autres : on peut fermer les yeux mais pas les oreilles. Le son transporte beaucoup plus d’informations que les gens ne le pensent. C’est subtil, érotique et incompris.

Dès mon plus jeune âge, j’ai fait des expériences avec des magnétophones et des radios et  puisque l’invention découle de la nécessité, j’ai intégré les outils numériques dans ma vie quotidienne et professionnelle au fur et à mesure qu’ils devenaient disponibles.

James Webb décline ses œuvres en cours : There’s No Place Called Home et Prayer, qu’il veut inspirées par les villes et les contextes dans lesquels elles sont montrées. Il développe également une série sur les thèmes de la mythologie (ancienne et moderne) et notre rapport à la perte de foi dans diverses philosophies, institutions et idéaux de la société contemporaine.

Prayer. James Webb. Enregistrements sonores de prières de toutes les religions à Johannesburg. Installation sonore. Johannesburg Art Gallery, 2012. Photo: © Anthea Pokroy. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Blank Projects.

En 2012, il a été invité à réaliser une exposition rétrospective à la Johannesburg Art Gallery. MMXII, dont il était le commissaire, se composait d’une constellation d’expositions indépendantes et convergentes produites pour le musée et qui passaient en revue sa pratique tout en ré-imaginant et remixant la collection de la Art Gallery. L’exposition montrait 15 de ses projets aux côtés de 15 œuvres issues de la collection, le tout présenté dans 9 salles intérieures et 3 espaces extérieurs.

Loin de l’envisager comme une “rétrospective”, l’artiste a qualifié l’événement de “metrospective” afin d’interroger son propre chemin artistique dans toute sa complexité. Son fil d’Ariane : les idées. Ainsi que des techniques visant à soustraire certaines informations et matières de l’œuvre finale, afin de donner au public assez d’espace pour qu’il puisse s’impliquer dans la situation et s’approprier l’expérience.

There’s No Place Called Home : née en 2004, cette pièce, au dispositif délibérément modeste, présente dissimulés dans les arbres des haut-parleurs qui diffusent des chants d’oiseaux inconnus là où l’installation est présentée. Comme les oiseaux utilisent des vocalises pour attirer leurs partenaires et marquer leur territoire, l’introduction de cet élément sonore étranger dans un paysage local revêt à la fois un sens poétique et politique. Les sons diffusés ne sont pas traités, mais mixés avec une volonté de réalisme, et les spectateurs ne sont pas toujours conscients de ce détournement : parce que la pièce fait appel à des thématiques humaines telles que les migrations et les déplacements, mais le fait via les chants d’oiseaux, les éléments politiques subversifs de l’œuvre peuvent donner lieu à diverses interprétations.

Le Marché Oriental. James Webb. Installation vidéo. Blank Projects, 2009. Photo: © Paul Grose.

Dans Prayer, des extraits sonores de prières enregistrées dans chaque ville où ce travail est présenté, permet à l’artiste d’aborder les différentes religions de toutes les communautés de la ville. Pour l’artiste, c’est une façon amusante d’amener les gens à visiter l’exposition au fur et à mesure qu’ils deviennent des collaborateurs du projet. Il a créé des versions spécifiques dans les villes de Copenhague, Birmingham, Le Cap, et plus récemment Johannesburg, où il a enregistré plus de 100 prières de 75 confessions différentes.

À la lisière de l’art, une expérience qui tente de sonder l’usage des nouvelles technologies dans notre société, Spectre illustre la démarche de l’artiste vis-à-vis de l’art numérique. À la FNB Joburg Art Fair en 2011, il utilise un brouilleur de téléphonie mobile très puissant, capable de désactiver toute réception de téléphones portables dans un rayon de 20 mètres, et injecte ainsi de manière aléatoire des moments de “silence cellulaire”.

publié dans MCD #71, “Digitale Afrique”, juin / août 2013

> www.theotherjameswebb.com

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