Jaco Spies

(Bloemfontein, Afrique du Sud)

 L’allégorie versus le symbole; les idéologies sud-africaines sociales, politiques et privées; le paysage; la possession; spiritualité et technologie, sont les thèmes de prédilection de l’artiste Jaco Spies, sans négliger la critique de l’idéologie.

Jaco Spies. Photo: © Jaco Spies.

Jaco Spies est né en 1974 à Bloemfontein, où il vit et travaille depuis 2000. Il est artiste plasticien, professeur et maître de conférence en dessin et médias numériques dans la section Arts Plastiques de la University of the Free State (UFS, à Bloemfontein). Où il a étudié les Beaux-arts, avec une spécialisation en dessin et en histoire de l’art. Son projet de dernière année de licence d’art consistait principalement à intégrer gravure et peinture à des livres d’artistes auto-reliés, en explorant les influences de la technologie sur la spiritualité.

Jaco participe à de nombreuses expositions et est, en 2007, le premier artiste de l’UFS à remporter le prix d’excellence du concours de l’Atelier ABSA. Depuis 2003, sa pratique artistique est axée sur l’exploration métaphorique critique des idéologies nationales, sociales et personnelles par la représentation du paysage et la cartographie (en particulier les processus d’acquisition, mise en valeur, dispersion, remembrement des terres). Bien que la plupart de ses travaux récents soient numériques (animation, vidéo, interactivité, Internet, presse), il travaille aussi sur des supports traditionnels et son œuvre est présente dans diverses collections. Il a également participé à l’exposition Internet Art in the Global South, réalisée par Tegan Bristow pour la Joburg Art Fair, en 2009.

Dissemination. Jaco Spies. 2009. Capture d’écran. Dessin interactif sur Internet. Dimension variable, temps infini. Photo: D.R. (fichier numérique original).

Les questions relatives à l’existence – en termes d’expérience personnelle et collective – alimentent souvent ma pratique artistique. Même si ce sujet peut sembler très vaste, je me préoccupe particulièrement de notre besoin de transcendance et de salut, et de la façon dont ces deux éléments sont recherchés à travers l’idéologie et son antithèse.

Je ne me suis jamais senti à l’aise avec quelque idéologie que ce soit. Pour moi, elles pointent toujours du doigt le mensonge. Cependant, je perçois de plus en plus l’idéologie comme inhérente à la nature humaine. Quelque chose à quoi on ne peut échapper. Je recherche en permanence des façons « autres » d’être créatif. Peut-être que je m’ennuie vite lorsque j’agis de manière répétitive. Être créatif dans le domaine du numérique permet de nombreuses variations dans les productions, idées et événements créatifs. J’aime cela, car ça me donne une immense liberté. C’est le contraire d’une recherche idéologique, d’une méthode ou philosophie appliquée à l’art.

Jaco pense que l’art numérique se développera en Afrique d’une manière radicalement différente des économies du monde premier. Selon lui, c’est évident, car l’étendue du tissage de la technologie numérique dans l’existence humaine normale y diffère radicalement. Cependant, ceci créera, en Afrique, l’opportunité de voies exceptionnelles de création artistique numérique: peut-être moins à la pointe du développement technologique, mais de manière plus intéressante au niveau créatif. Même les traditionalistes de la scène artistique sud-africaine commencent à voir le « mérite » de l’art numérique, tandis que les générations actuelles et futures d’étudiants en art vivent plus ou moins ce phénomène numérique comme une seconde nature. Jaco est optimiste quant aux perspectives qu’il offre.

The Realm of the Mothers. Jaco Spies. 2012. Capture d’écran. Œuvre en cours de réalisation. Installation vidéo. Dimensions variables. Photo: D.R. (fichier numérique original).

Jaco Spies travaille actuellement sur une œuvre de grande envergure, Le Royaume des mères, qui associe vidéo, animation numérique (dessin numérique et traditionnel), sculptures et son. Dans son thème, le travail traite des idéologies sociales et économiques dans un contexte à la fois contemporain et historique sud-africain, et de la manière dont celles-ci sont apparemment en contradiction avec l’éveil spirituel. Le titre fait référence à une scène du Faust de Goethe, où Faust descend dans le Royaume des mères pour atteindre la transcendance et le salut. Dans cette nouvelle œuvre, bon nombre de mes explorations dans les divers supports numériques et traditionnels (ou l’association des deux) se rejoignent et se manifestent comme quelque chose de nouveau. Par conséquent, sur le plan formel je pense que, dans ce travail, je suis parvenu à quelque chose que je recherchais par l’expérimentation. Sur le plan conceptuel, cette œuvre reflète aussi de manière évidente mes principaux thèmes de prédilection.

publié dans MCD #71, « Digitale Afrique », juin / août 2013

> www.jacospies.co.za

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